Algérie : l’opposition rassemble ses forces et voit grand

Publié le 11.10.2016, 11h23 | 1978 vues | 0 Commentaires

Algérie : l’opposition rassemble ses forces et voit grand Ali Benflis, leader du parti d'opposition Talaiou El-Houriyet

En Algérie, l’opposition s’organise et se rassemble autour d’une cause commune : la modernisation, en profondeur, du système politique. Et si les partis membres de l’Instance de concertation et de suivi de l’opposition (ICSO), réunis lundi 3 octobre à Alger, n’ont pas réussi à se mettre d’accord quant au boycott ou non des prochaines élections législatives, leur combat en revanche fait l’unanimité dans leurs rangs : inscrire le pays dans un processus de transition institutionnelle, sociale et économique.  

Un patchwork de formations politiques pour une ambition partagée : la transition démocratique

La diversité des formations membres de l’ICSO montre que les partis d’opposition souhaitent dépasser leurs divergences pour faire front commun contre le pouvoir en place. Leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbes remarque que la réunion du 3 octobre dernier regroupait des « partis d’obédience démocratique, laïque, des partis d’obédience islamiste et d’autres plutôt d’obédience nationaliste qui travaillent ensemble pour un même objectif, celui de la transition démocratique ».

Une transition démocratique qui ne saurait avoir lieu sans un prérequis : l’organisation d’élections libres et transparentes. Ça semble couler de source, ça n’a pourtant rien d’évident dans le pays d’Abdelaziz Bouteflika. Pour Ali Benflis, leader du parti progressiste Talaiou El-Houriyet, si rien n’est fait, « les élections prochaines seront truquées comme celles qui les ont précédées ». Une crainte partagée par tous les partis de l’opposition, indépendamment de leur décision de participer ou non au prochain scrutin.

Participera, participera pas ? A la limite peu importe. Chacun, au sein de l’opposition, a bien compris qu’en l’état actuel des choses, les institutions ne permettent pas à la volonté populaire de s’exprimer. Dans un Mémorandum rendu public à l’issue de sa réunion du 3 octobre, l’opposition dénonce la confiscation de la souveraineté populaire, qui prive les Algériens du droit de choisir leurs représentants légitimes, et ce depuis l’indépendance du pays. Une situation encore aggravée par la vacance du pouvoir, l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, réélu en 2014 pour un quatrième mandat, ne lui permettant pas d’assurer ses fonctions, et aucune suppléance légale n’étant mise en place.  

Economie exsangue et liberté d’expression bafouée

Une vacance dont la conséquence directe est l’absence de conduite des réformes nécessaires, à commencer par les réformes de diversification de l’économie du pays. L’ICSO pointe ainsi du doigt une crise financière qui « a pour origine l’échec économique et social, mis à nu par la dépréciation des cours du pétrole ». Elle est rejointe en cela par le Fonds monétaire international (FMI), selon lequel « l’économie algérienne est confrontée à un choc de grande ampleur et probablement durable », qui ne l’aurait sans doute pas été tant que cela si elle avait su anticiper la chute du prix des hydrocarbures en développant d’autres secteurs.

Mais la plateforme d’opposition dénonce également la corruption, la déprédation de l’argent public et l’intrusion d’argent douteux dans la sphère politique. A cela s’ajoute le rétrécissement du champ des libertés en Algérie, que ce soit la liberté d’expression et d’opinion ou la liberté de manifestation et de réunions publiques. Les atteintes aux droits des suspects et prévenus, la violation des dispositions de la Constitution, l’instrumentalisation de la justice et les manœuvres du pouvoir pour faire reculer le pluralisme politique font également partie des préoccupations de l’ICSO.

Autant de griefs qui font dire à cette dernière que « le pouvoir est une menace pour le pays », et que le régime actuel ne cherche qu’à « empêcher toute alternative démocratique et assurer sa survie au détriment de la pérennité de l’Etat ». D’où, à en croire l’opposition, un perfectionnement toujours plus important du système de fraude électorale, dont l’objectif est le « détournement de la volonté populaire » et le maintien de la « domination factice des clientèles du régime politique en place ».

Pour Ali Benflis, « l’opposition nationale marche dans le sens de l’histoire »

Si jusqu’à présent, l’Algérie a pu compter sur le gaz et l’or noir pour remplir les caisses publiques et acheter la paix sociale, il est à craindre que la dépréciation de cette rente fasse monter de plusieurs crans la grogne sociale, dans un pays qui n’a pas vraiment connu son Printemps arabe. De son côté, l’ICSO rejette la violence comme moyen de contestation et de conquête du pouvoir. Mais pas la fermeté. L’objectif est clair et les partis sont prêts à agir.

Pour Ali Benflis, « l’opposition nationale marche dans le sens de l’histoire », alors que le pouvoir en place s’est « posté à contre-courant de cette même histoire ». Le leader politique fustige l’archaïsme du système, dont le refus obstiné de tout changement a fragilisé l’Etat et l’économie tout en faisant augmenter les périls de la déstabilisation sociale. Pacifique, le combat pour la défense des libertés fondamentales et la souveraineté populaire n’en est pas moins urgent. L’opposition algérienne est d’accord sur le diagnostic et sait que les Algériens attendent avec impatience cette transition. Prochaine étape : l’organisation d’une présidentielle anticipée ? Qui sait… Avide de changement, cette Algérie là, après s’être longtemps reposée sur ses lauriers, n’a pas fini de surprendre. 

 

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