À Munich, le Qatar défend le multilatéralisme

Publié le 06.03.2019, 16h40 par La Rédaction | 216 vues | 0 Commentaires

À Munich, le Qatar défend le multilatéralisme



L’évènement a été peu traité par la presse francophone. Il s’agit pourtant d’un retour en force sur la scène diplomatique de l’un des États les plus influents au monde. Lors de la 55e Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenu du 15 au 17 février dernier, le ministre des Affaires étrangères du Qatar s’est longuement exprimé dans un long plaidoyer en faveur du multilatéralisme. Un retour remarqué sur la scène internationale du petit émirat qui subit toujours l’embargo de ses voisins saoudiens et émiratis.

 

Le grand retour du Qatar sur la scène internationale

Convié en Bavière dans le cadre de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, le ministre des Affaires étrangères qatari a multiplié les prises de position, réinstaurant son pays au cœur de l’échiquier géopolitique mondial. Mohammed bin Abdulrahman al-Thani a exhorté les puissances internationales — États-Unis compris — à rejeter les approches unilatérales vouées à l’échec qui excluent certains acteurs clefs, comme l’Iran ou la Palestine.

Une leçon de « real politik » pour un petit émirat de deux millions d’habitants, qui faute de pouvoir compter sur le « hard Power », mise sur un « soft Power » influent, devenant une passerelle indispensable entre Orient et Occident, entre monde arabe et monde perse, entre monde musulman et monde chrétien.

C’est ainsi que Doha est devenu un intermédiaire incontournable sur la question palestinienne. Le ministre Mohammed bin Abdulrahman al-Thani est désormais en contact régulier avec le très influent beau-fils de Donald Trump, Jared Kushner. L’objectif ? Convaincre la Maison-Blanche de soutenir la solution à deux États suivants les frontières de 1967, avec droit au retour et Jérusalem comme capitale de la Palestine.

Lors de son intervention, le ministre qatari a également soutenu l’accord nucléaire iranien, au même titre que les Européens et contre l’avis des Américains et des Saoudiens.

Une Arabie saoudite que le ministre qatari a par ailleurs appelée à la coopération dans l’enquête menée par l’ONU sur l’assassinat du chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi, dont la CIA a conclu qu’il avait probablement été ordonné par le prince héritier du royaume, Mohammed bin Salman.

 

La Turquie, un allié influent dans un moment difficile

La rapidité avec laquelle le Qatar est revenu au centre de la géopolitique mondiale est étroitement liée au rôle qu’a eu la Turquie dans cette crise du Golfe. Au début du blocus, en juin 2017, Ankara prend clairement position en faveur de Doha, en nouant de nombreux partenariats politiques et militaires et en approvisionnant le petit émirat. Un choix stratégique pour Ankara.

Car les intérêts de la Turquie ont rencontré ceux du Qatar : depuis plusieurs années, Ankara chercher à moderniser et diversifier son industrie de défense. L’objectif ? Réduire la dépendance à l’égard de l’étranger ; réaliser des économies tout en augmentant la contribution de ce secteur au PIB du pays ; et enfin, faire de la Turquie l’un des principaux pays exportateurs d’armes à l’échelle mondiale.

De grandes ambitions nécessitant d’importants investissements, rendus problématiques par les récentes difficultés de l’économie turque.  C’est sûr ce point que le Qatar, fort d’un fonds souverain de 300 milliards de dollars, entre en jeu.

Un exemple illustre cette nouvelle relation entre les deux nations : la privatisation de l’une des plus importantes usines de char et de production de matériel militaire de Turquie. Située dans la ville de Sakarya et jusque-là gérée par l’État, l’usine sera désormais dirigée par la société BMC, dont les forces armées du Qatar sont devenues un acteur essentiel en 2014, en achetant 49,9 % de la société. L’entreprise, notamment chargée de préparer les futurs chars nouvelles générations de l’armée turque, est donc étroitement pilotée conjointement par Ankara et Doha.

Un partenariat utile aussi pour le Qatar, tant l’intervention diplomatique, économique et militaire de la Turquie a été décisive dans les premières semaines du blocus, quand Riyad et Abou Dhabi projetaient une invasion militaire du Qatar.

Depuis lors, Doha a engagé plus de 25 milliards de dollars dans le domaine militaire et la Turquie — à qui le Qatar avait déjà par le passé acheté plusieurs systèmes aériens et navals -  a bénéficié d’une part importante de ces dépenses.

Le Qatar est donc bel est bien de retour sur la scène internationale. Épaulé par la Turquie, le petit émirat a su résister à la pression de ses voisins et se peut désormais se targuer d’être devenu incontournable au Moyen-Orient.

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