Arabie saoudite-Israël, la nouvelle lune de miel

Publié le 11.10.2017, 11h07 par Emilien Naizet | 360 vues | 0 Commentaires

Arabie saoudite-Israël, la nouvelle lune de miel

Que se passe-t-il ces derniers temps entre Riyad et Tel-Aviv ? On parle de rapprochement et de stratégie commune. Mais il n’est pas sûr que les deux États réussissent à nouer une relation de confiance.


Les spéculations vont bon train concernant la mystérieuse visite « d’un dignitaire saoudien non identifié » en Israël. Et si les sources les plus diverses semblent d’accord pour dire qu’une réunion a bien eu lieu, la question de l’identité du « haut responsable » reste grande ouverte. Au point que certains affirment qu’il pourrait s’agir du prince héritier lui-même.

C’est un officier des forces de sécurité émiraties qui a lancé la rumeur sur Twitter, et les spécialistes n’osent pour l’instant ni invalider ni soutenir cette hypothèse surprenante. « Avigdor Liberman (ministre de la Défense israélien) et Benyamin Netanyahou affirment que les relations avec l’Arabie saoudite n’ont jamais été aussi bonnes, et la raison pour cela est la coordination stratégique conjointe contre l’Iran », explique dans les pages du Middle East Eye (MEE) Shaul Yanai, un expert israélien du Moyen-Orient pour qui la possibilité d’une visite de Mohammed ben Salmane dans l’État juif ne serait pas invraisemblable.

Certes, il serait surprenant que « l’homme le plus puissant du royaume » se soit rendu secrètement en Israël, mais Shaul Yanai rappelle que le nouveau prince héritier est « jeune et connu pour rompre avec les traditions ».

Tout en confirmant la mystérieuse visite, le ministre des Communications israélien a pourtant refusé de divulguer le nom ou la nationalité de la personnalité concernée. « J’ai rencontré une personne importante d’un pays du Golfe et c’est tout ce que je peux dire à ce sujet », a confié Ayoob Kara à Bloomberg.

 

Alliance politique et militaire

Simon Aran, correspondant de Radio Israël, croit quant à lui savoir qu’il s’agissait d’« un prince saoudien », qui se serait rendu en Israël « pour discuter de la promotion de la paix régionale ».

L’hypothèse saoudienne est finalement assez vraisemblable, les indices d’un rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël ayant déjà un certain passif. Tout le monde se souvient par exemple du déplacement en Israël, en août 2016, de l’ancien général saoudien Anwar Eshki. Une visite dont il est « impossible d’imaginer » qu’elle « n’ait pas été validée par les deux États », comme le faisait remarquer Le Monde.

Depuis, M. Eshki est un ardent défenseur de la coopération entre Riyad et Tel-Aviv contre leurs ennemis communs, à savoir l’Iran, la Syrie et le Hezbollah. Dans une interview accordée récemment au journal israélien Yediot Aharonot, il a même affirmé que l’État saoudien pourrait s’engager à « encourager tous les pays arabes à normaliser leurs relations diplomatiques avec Israël ».

D’après les informations du média Investig’Action, une normalisation des relations entre Israël et les Saoudiens, ainsi qu’une alliance politique et militaire sont désormais claires. La future ambassade saoudienne en Israël devrait être « la plus grande et la plus importante à Tel-Aviv ». Côté défense, l’alliance serait symbolisée par « la construction d’une base militaire dans le territoire saoudien dirigée par les troupes américaines et, pour la première fois, par l’armée israélienne ».

 

« Foyer d’agitation anti-Israël et antisémite »

Pour Shaul Yanai, la « frustration » saoudienne à l’égard de l’administration de Donald Trump serait à l’origine de la lune de miel entre Riyad et Tel-Aviv. « Les Saoudiens ont besoin d’Israël parce qu’ils ne font plus confiance aux États-Unis. Trump les déçoit, il n’est pas clair sur la crise du Qatar, il permet aux Russes d’agir en Syrie, il a ses propres problèmes chez lui et n’a pas de temps à consacrer à l’Arabie saoudite », affirme l’expert.

Pourtant, Riyad n’a jamais reconnu l’existence d’Israël depuis sa création en 1948. L’antisémitisme est même enseigné à l’Université de la Mecque. Une attitude pour le moins ambiguë régulièrement pointée du doigt.

« L’Arabie saoudite demeure un foyer d’agitation anti-Israël et antisémite, un lieu où les clercs wahhabites comparent encore parfois les Juifs à des porcs et des singes tout en appelant au martyre et à la guerre sainte contre les “usurpateurs sionistes” », prévenait dès 2013 Chemi Shalev, correspondant du célèbre quotidien israélien Haaretz.

Quelle est exactement la stratégie saoudienne vis-à-vis d’Israël ? Quels sont ses vrais positions et objectifs à l’égard de l’État juif ? Israël peut-il faire confiance à ce nouveau « partenaire » ? Un basculement d’alliance qui pourrait bien bousculer tout l’équilibre géopolitique de la région.

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