Crise du Golfe : le Qatar résiste mieux que prévu

Publié le 13.12.2017, 10h16 par La Rédaction | 70 vues | 0 Commentaires

Crise du Golfe : le Qatar résiste mieux que prévu

Depuis le 5 juin, le Qatar fait l’objet d’un blocus économique et diplomatique de la part de ses voisins sunnites, principalement l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui l’accusent de soutenir des groupes extrémistes et d’être trop proche de l’Iran chiite.

Mais Doha est décidé à combattre cette tentative de mise au ban, vraisemblablement avec succès. L’émirat refuse en effet de céder aux exigences des pays du Golfe, qui lui demandent notamment de fermer la chaîne de télévision Al-Jazeera, de bannir la confrérie des Frères musulmans, de fermer une base militaire turque et de se distancier de l’Iran.

Le Qatar considère que ces exigences ne sont « pas raisonnables ». En effet, la liste des 13 demandes formulées par ses détracteurs « n’est pas destinée à combattre le terrorisme » d’après cheikh Saif ben Ahmed Al-Thani, directeur du bureau de communication gouvernemental. Elle vise à «  à empiéter sur la souveraineté du Qatar et à s’ingérer dans sa politique étrangère » déclarait-il le 24 juin dernier.

Doha, qui ne s’est pas montré plus conciliateur depuis, a cependant participé au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), mardi 5 décembre au Koweït. Avec le Sultanat d’Oman, le Koweït reste l’un des principaux soutiens de l’émirat dans la région. Fidèles à leur traditionnelle neutralité, les deux Etats conservent leurs liens avec Doha et insistent sur une solution politique à ce conflit dans le cadre du CCG. D’ailleurs, selon une source diplomatique mentionnée par Al Jazeera, le Qatar devrait être bien présent au prochain sommet du GCC.  

De son côté, le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed Ibn Abderrahmane Al-Thani, a profité du sommet pour critiquer l’attitude de ses voisins, qui sont « en train d’éviter le dialogue avec le Qatar ». Alors que son pays attend quelques « signaux positifs », « les pays à l’origine du blocus refusent de s’assoir à la table des négociations », a déploré le ministre.

 

Indicateurs au vert

 

Pessimiste, Mohammed Ibn Abderrahmane Al-Thani a estimé que le CCG et l’unité des pays de la région sont directement menacés par une crise qui devrait se prolonger. « Dans la situation actuelle et compte tenu de la faible représentation au sommet du CCG, nous pensons que la crise du Golfe se poursuivra, au moins à court terme », a-t-il annoncé.

Mais la nouvelle pourrait être moins mauvaise qu’on ne serait tenté de le croire. Et le vent semble tourner en faveur du Qatar, notamment avec la récente mise au ban du Bahreïn qui figure désormais sur la liste noire des paradis fiscaux de l’Union Européenne. Le Qatar a su trouver des solutions, souvent ingénieuses, à l’embargo imposé par ses voisins.  Plusieurs milliers de vaches en provenance des Etats-Unis ou de l’Allemagne ont été transportées par voie aérienne ces derniers mois. Alors que le pays ne produisait presque que du gaz ou du pétrole, il prévoit désormais d’être autonome en lait dès juin 2018.

En outre, les indicateurs économiques restent au vert. Le Qatar Investment Authority (QIA), fonds d’investissement souverain de l’émirat et dispositif essentiel à la bonne santé du pays, prévoit d’investir dans des structures privées et publiques, notamment la Qatar Airways et le village Katara.

En octobre, le fonds a rapatrié 20 milliards de dollars (sur les 300 milliards dont il dispose) afin de renforcer et consolider les banques locales et les aider à traverser la crise en leur fournissant les liquidités et le capital nécessaires, rapporte Les Echos. Le quotidien rappelle que « QIA a investi près de 25 milliards de dollars aux Etats-Unis et compte placer encore 10 milliards de dollars dans les années à venir, notamment dans les infrastructures, l’immobilier et les nouvelles technologies ».

Le fonds souverain du Qatar est devenu cette année l’un des plus grands propriétaires de New York, selon le magazine spécialisé de l’actualité financière Crain’s New York Business. Sans oublier qu’il est « le premier actionnaire étranger dans Volkswagen, pour une valeur de plus de 10 milliards d’euros, et possèderait, selon Bloomberg, près de 4 milliards d’euros en actions Siemens », souligne Le Monde.

 

Maigres résultats

 

L’horizon qatarien semble également se dégager sur les plans juridique et diplomatique. L’émirat a obtenu en novembre la mise en place d’un tribunal d’arbitrage au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est chargé de se prononcer sur le blocus. Une décision qui constitue une victoire pour le Qatar, les Emirats arabes unis ayant refusé la mise en place de ce panel en octobre et l’engagement de consultations à l’OMC en août.

L’Organisation internationale du travail (OIT) a quant à elle décidé, mercredi 8 novembre, de « clore la plainte relative au non-respect de la convention sur le travail forcé et de la convention sur l’inspection du travail par le Qatar ». L’agence onusienne affirme ainsi que l’émirat ne viole pas les droits des travailleurs immigrés, notamment sur les chantiers de construction des infrastructures pour l’organisation de la Coupe du Monde 2022.

Un succès auquel s’ajoute la diversification des soutiens, venus de très divers hommes politiques. En août, le Qatar et la Russie promettaient de raffermir leurs relations économiques », y compris dans le domaine de l’énergie. Tandis qu’en décembre, c’est la relation Doha-Paris qui a été renforcée. Emmanuel Macron et l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, ont participé à la signature d’un contrat portant sur une coopération future et la levée de l’option de 12 Rafale.

Ironie du sort, le blocus aura également contribué à rapprocher le Qatar… de l’Iran ! Doha a rétabli des relations diplomatiques complètes avec Téhéran, et l’Iran s’est révélé un soutien inestimable pour contourner l’embargo, dont les résultats semblent tout à coup bien maigres.

Publier votre réaction avec un compte anonyme
  • text :*

    nombre de lettres restantes 500

Publier votre réaction avec votre propre compte

Vos réactions | 0 réactions

Problème de mot de passe

Veuillez saisir votre email