Femme et économie en Afrique : Dominique Nouvian déplore « un curieux paradoxe »

Publié le 17.01.2017, 18h28 | 70 vues | 0 Commentaires

Femme et économie en Afrique : Dominique Nouvian déplore « un curieux paradoxe »

Plusieurs initiatives de la société civile voient le jour en Afrique pour soutenir les femmes et leur permettre d’accéder à l’indépendance financière, mais elles resteront insuffisantes tant que les pouvoirs publics ne s’empareront pas du sujet.

L’inégalité homme-femme reste la règle plutôt que l’exception

Sous le titre « Accélérer les progrès en faveur de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes en Afrique », la deuxième édition du rapport sur le développement humain en Afrique a été lancée pour l’année 2017 et devrait permettre de poursuivre les réflexions sur l’inclusion des problématiques liées au genre dans les sphères publiques, privées, communautaires et nationales.

Menée sous l’égide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la première édition du rapport, publiée en août 2016, avait abouti à la conclusion que « dans de nombreux pays d’Afrique, les fortes disparités entre hommes et femmes sur le plan économique et sur le lieu de travail continuent d’être la règle plutôt que l’exception ». Le rapport soulignait en particulier le caractère systémique de la discrimination de genre, qui transparaît à tous les niveaux de la société, et, en particulier, dans le domaine économique et de production de valeur : « tant au niveau de l’accès aux ressources économiques, de la participation sur le lieu de travail et des opportunités entrepreneuriales qu’au niveau de l’exploitation et de l’accès liés aux bénéfices tirés des ressources naturelles et de l’environnement. »

Or une plus forte inclusion de genre est génératrice de nombreux progrès en termes de développement : une augmentation de 1 % de l’indice d’inégalité de genre contribuerait ainsi à réduire l’indice de développement humain (IDH) d’un pays de 0,75 %. Le manque à gagner engendré par les disparités entre les hommes et les femmes est ainsi colossal pour les Etats d’Afrique sub-saharienne. Le rapport établit en effet à quelque 95 milliards de dollars US par an en moyenne le coût des inégalités de genre, qui auraient même culminé à 105 milliards de dollars de pertes en 2014 (soit 6 % du PIB régional).

« La relation entre la femme et l’économie nourrit un curieux paradoxe »

Comme l’explique Dominique Nouvian : « la relation entre la femme et l’économie nourrit un curieux paradoxe ». Le taux d’activité économique des femmes d’Afrique se situe en effet autour de 61,9 %, alors que le pourcentage de femmes salariées dans le secteur non agricole n’est que de 8,5 %. Dominique Nouvian a créé en 2012 le Fonds d'appui aux femmes de Côte d'Ivoire (Fafci) pour faciliter l’accès des femmes à l’autonomie financière et promouvoir leur inclusion dans l’économie formelle. Grâce à un financement à un taux préférentiel, les femmes qui bénéficient du programme (110 000 jusqu’à présent) peuvent créer leurs propres activités génératrices de revenus et accéder à un meilleur statut social.

Le Fonds a récemment été porté à 10 milliards de francs CFA. Outre l’inclusion dans l’économie tertiaire, dans le domaine rural aussi la reconnaissance du travail des femmes est essentiel. « L’autonomisation et l’élargissement des droits des femmes rurales, ainsi que leur accès à la terre, aux pouvoirs, aux opportunités et aux choix, permettent de développer les économies, renforcer la sécurité alimentaire et améliorer les perspectives pour les générations actuelles et futures », déclarait Michelle Bachelet, Directrice exécutive d’ONU Femmes, à l’occasion du lancement du programme commun pour l’autonomisation des femmes rural co-dirigé par le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et le Programme alimentaire mondial (PAM).

Aller au-delà des discours

Nationales ou internationales, les initiatives pour l’autonomisation des femmes se multiplient mais elles ne pourront pas faire l’économie d’un soutien officiel des pouvoirs publics en faveur de programmes inclusifs. On peut noter à ce titre l’action des femmes chefs d’Etat d’Afrique, déterminées à améliorer la condition féminine grâce à leurs positions stratégiques. Mais l’action en faveur de l’égalité de genre ne doit pas être réservée aux femmes et les chefs d’Etat masculins doivent s’engager sur ce front.

En Côte d’Ivoire, le Président a décidé de soutenir les initiatives de la société civile en inscrivant la promotion des femmes et de la jeunesse comme priorités pour l’agenda 2016-2020 : « Cet engagement s’est traduit, entre autres, par l’accroissement du taux de femmes au Gouvernement, qui est ainsi passé de 16 à 25% », soulignait la ministre ivoirienne de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfant, Euphrasie Yao. Aller au-delà des discours et fournir des résultats mesurables, tels sont à présent les objectifs de la deuxième édition du rapport sur le développement humain en Afrique.

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