Francophonie économique, le Forum de Richard Attias abat ses cartes

Publié le 04.11.2015, 19h36 | 1596 vues | 0 Commentaires

Francophonie économique, le Forum de Richard Attias abat ses cartes

Le 27 octobre dernier, Paris accueillait la seconde édition du Forum économique de la Francophonie, à l'initiative de l'homme d'affaires Richard Attias. Les 80 États et gouvernements membres de la Francophonie y ont poursuivi la réflexion initiée en 2014, à Dakar, sur la nécessité "d'accélérer la concrétisation d'une Francophonie économique." Ce regroupement de pays développe l'idée selon laquelle le partage d'une langue et de valeurs devrait servir de critère convergeant dans la construction de partenariats mutuellement profitables. Une ambition qui tient la route, les chiffres le montrent.

La Francophonie économique sur de bons rails

"Je veux être la championne – comme on le dit dans le monde de l'entreprise – d'une Francophonie économique ouvert" affirme Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). L'OIF confirme ainsi le tournant officiellement pris lors du sommet de Dakar en novembre 2014, premier porteur du concept de francophonie économique. L'ambition est louable, mais le chemin sera long. L'espace de la francophonie est vaste et relie les cinq continents, avec notamment une forte concentration en Afrique où une trentaine de pays sont de culture francophone. "Un espace gigantesque qu'il nous faut mieux explorer et dynamiser, d'autant plus qu'il est une porte ouverte sur quantité de débouchés et de marchés des Amériques à l'Europe, à l'Afrique, l'Asie et l'Océanie", expliquait Michaëlle Jean.

Pourtant, si la notion de francophonie économique se cherche encore une assise stable, certains signes montrent que, loin de n'être qu'une abstraction vide de sens, elle est déjà efficiente. L'ensemble des pays francophones représente ainsi 16% du PIB mondial. Mieux, leur taux de croissance moyen est de 7%, soit plus du double de la croissance moyenne mondiale. La langue française est aujourd'hui la quatrième la plus parlée dans le monde, avec un nombre de locuteurs estimé à 230 millions de personnes en 2014 - environ 4% de la population mondiale. Les experts annoncent qu'ils devraient être 770 millions en 2050. 

Le français, vecteur culturel en pleine expansion

"On habite une langue autant qu'elle nous habite", a introduit le président fondateur du Forum économique de la francophonie, Richard Attias. Avant de se faire très concret : pour lui, la francophonie doit développer et protéger des incubateurs de start-up francophones, afin de permettre de rattraper les retards et de donner un sens à l'OIF. L'homme d'affaires, par ailleurs fondateur du New York Forum, a souligné l'importance de diffuser les contenus culturels et créatifs francophones, de renforcer les mobilités d'étudiants, de chercheurs et d'entrepreneurs grâce un réseau international fondé sur une langue commune.

De ces contenus culturels véhiculés grâce à une langue commune, il en a justement été question durant l'essentiel de ce Forum économique de la Francophonie, via l'étude de plans de  développement des contenus numériques francophones. Une nécessité, face à l'explosion programmée du nombre de locuteurs du français, explosion qui devrait mécaniquement entrainer celle de la demande liée de services informatiques, culturels ou commerciaux dans la langue de Molière.

Si l'OIF a vocation à favoriser les échanges entre pays francophones, de fait, ces pays pratiquent déjà une union économique entre eux depuis de nombreuses années avec, outre une langue commune, le CFA comme monnaie unique pour la plupart, et un droit commercial commun. En conséquence, les échanges sont non seulement facilités, mais se font plus spontanément. Preuve que la Francophonie économique permet une meilleure mobilité des capitaux et contribue à décloisonner ses adhérents. Cependant, le projet va plus loin, en souhaitant se doter d'une dimension éthique forte.

Une économie éthique... mais encore en recherche de financements

« Dans un monde où l'économie est un parent malade, il très important d'arriver rapidement avec un remède », a poursuivi Richard Attias. A terme, la Francophonie économique se devra donc d'assurer également une cohésion morale et culturelle héritée d'un langage, garantie d'un comportement responsable au sein d'un ensemble homogène, face aux dérives économiques et financières des places boursières anglo-saxonnes.

Pour ce faire, « plusieurs axes de réflexion seront privilégiées : la création d'un visa francophone des affaires, la mobilisation de financement pour les jeunes, la formation professionnelle." Des objectifs qui ne seront remplis qu'à condition de convaincre les grands bailleurs de fonds institutionnels, comme la Banque mondiale ou la banque africaine de développement.

"La francophonie économique, surtout en Afrique, doit pouvoir compter sur des leviers publics. Sans cet effort, elle restera cantonnée aux annonces institutionnelles", prédit l'ancien ministre français Jean-Louis Borloo, qui se consacre aujourd'hui à l'électrification du continent africain. Le projet de lancement d'un label pour valoriser les entreprises qui contribuent au rayonnement de la Francophonie est également à l'étude. L'existence concrète d'un réseau francophone devrait permettre d'atteindre à terme un développement inclusif et partagé, réduisant la pauvreté et les inégalités internes. Ceux qui soutiennent la Francophonie économique s'accordent à dire que son potentiel est aujourd'hui encore largement sous-exploité. Affaire à suivre, donc. 

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