La Chine et le Japon privilégient le nucléaire, le Maroc devrait suivre

Publié le 12.02.2016, 19h00 | 228 vues | 0 Commentaires

La Chine et le Japon privilégient le nucléaire, le Maroc devrait suivre

Nous sommes tous régulièrement effrayés par les images de la pollution en Chine. D'épais brouillards de smog enveloppant les villes, des rivières polluées, des lacs remplis de poissons morts et des personnes se promenant avec des masques dans les rues des plus grandes villes. Cette peur est légitime : d’après les estimations de la Banque mondiale, la pollution chinoise est responsable de 470 000 morts prématurées par an. La faute bien sûr au mix énergétique, fortement carboné, qui fait de la pollution atmosphérique un des plus graves problèmes auxquels le géant asiatique doit faire face. Et c’est là qu’il faut être conséquent. Car si l’on veut renforcer la lutte contre les émissions de CO2 et la pollution de l’air, il faut favoriser l’utilisation des énergies décarbonées tout en se préparant à la hausse de la consommation d’électricité, que certains experts estiment à plus de 50 % en 2030. En se tournant vers le nucléaire, la Chine, le Japon, et bientôt le Maroc l’ont bien compris.

Le gouvernement chinois a fait son choix. Afin de renforcer ses moyens de production sans augmenter ses émissions de gaz à effet de serre, il s’est fixé l’objectif de doubler ses capacités nucléaires d’ici à 2020. 24 réacteurs sont actuellement en cours de construction, et devront s’ajouter aux 30 réacteurs en activité dotés d’une puissance cumulée de 28,3 GW. La Chine a par ailleurs annoncé qu’elle travaille au développement de centrales nucléaires flottantes. L’idée de Pékin est de créer des navires équipés de réacteurs nucléaires capables de produire l’énergie électrique nécessaire à l’alimentation de plateformes de forage gazières et pétrolières ou de zones côtières.

L’autre grande puissance économique de la région, le Japon, s’est également engagée sur la réduction des gaz à effet de serre et, malgré des doutes tout à fait compréhensibles, a décidé de retourner prudemment au nucléaire. Le gouvernement nippon, qui souhaite porter la part du nucléaire à 20-22 % de la production d’électricité d’ici à 2030, invoque d’abord des raisons économiques. En 2011, les importations de pétrole et de gaz destinées aux centrales thermiques avaient augmenté respectivement de 77 % et 18 %, ce qui a contribué à l’augmentation spectaculaire du déficit commercial japonais (+ 24 milliards d’euros en 2014) ainsi qu’à l’explosion du prix de l’électricité.

Mais les conséquences pour l’environnement sont tout aussi néfastes : depuis l’arrêt du nucléaire, les centrales thermiques ont dû augmenter leur production afin de combler les besoins de la population. Alors qu’elles utilisent principalement la combustion du gaz, du charbon ou du fioul, les centrales thermiques ont assuré jusqu’à 90 % de la production de l’électricité du pays et sont ainsi à l’origine d’une augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre (1,408 milliard de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2014).

Plus près de nous, l’Allemagne est aussi un cas d’école. Certes, le voisin de la France est le champion européen des énergies renouvelables, mais désormais il est également le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. Depuis l’engagement de sa transition énergétique, l’Allemagne recourt de plus en plus au charbon, un combustible très émetteur de CO2 et de particules fines. En 2013, l’Allemagne a produit près de 162 milliards de KWh grâce à ses usines thermiques au charbon, soit une hausse de 6,5 % pour atteindre 44 % de son mix électrique. Or, comme le montre une étude récente d’Airparif, la pollution ne connaît pas de frontière, et 68 % de la pollution en particules fines qui se concentrent en Île-de-France sont importés depuis d’autres régions, voire d’autres pays. L’Allemagne n’est pas, comme certains ont voulu l’affirmer trop vite, responsable des pics de pollution auxquels la région parisienne est régulièrement confrontée. Mais sa participation est non négligeable et il est urgent de développer des outils permettant de l’établir.

Au Maroc aussi, on souhaite structurer une filière nucléaire capable d’alimenter le réseau électrique à partir de 2030. Ainsi, le ministre de l’Energie Abdelkader Amara s’est-il dit « onvaincu du rôle important de l’énergie nucléaire pour réduire la dépendance énergétique nationale et pour lutter contre les émissions des gaz à effet de serre et l’atténuation des effets des changements climatiques, le Maroc considère l’électronucléaire comme étant une option à considérer dans le mix énergétique national à long terme ».

Le nucléaire doit être privilégié, en tant qu’il constitue une alternative idéale au charbon : ce combustible fossile, qui connaît une forte croissance, tue 10 à 15 000 personnes par an directement (notamment dans des accidents de mines). Mais le nombre de ses victimes indirectes est bien plus important. Quant aux énergies renouvelables, si beaucoup d’espoirs reposent sur elles, elles restent pour l’instant marginales et d’un coût de développement trop élevé pour représenter une option globale crédible. 

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