Lutte contre le travail des enfants : en Côte d’Ivoire, Dominique Nouvian et Euphrasie Yao parient sur la scolarisation pour tous

Publié le 09.08.2016, 15h02 par Alain Tchombé | 58 vues | 0 Commentaires

Lutte contre le travail des enfants : en Côte d’Ivoire, Dominique Nouvian et Euphrasie Yao parient sur la scolarisation pour tous

 

L’arrestation d’un passeur d’enfants à la frontière ivoiro-ghanéenne, le 29 juin dernier, a remis la question du travail des enfants au premier plan en Côte d’Ivoire. Les plantations de cacao du pays, notamment, sont le théâtre d’agissements que l’Etat a décidé d’enrayer par une répression des plus sévères et un soutien à l’éducation. Dans ce domaine, certains acteurs privés, comme la Fondation Children of Africa de Dominique Nouvian, mènent une action de proximité cruciale.

Plus gros producteur du monde avec 1,75 million de tonnes, soit environ 35 % du marché mondial, la Côte d'Ivoire est largement confrontée au problème de la traite des enfants dans la cacaoculture. Selon un rapport du Forum international du droit du travail publié en décembre 2014, entre 500 000 et 1,5 million d'enfants travaillent dans des plantations en Afrique de l'Ouest, et les plantations ivoiriennes comptent à elles seules entre 300 000 et 1 million d'enfants. Ce fléau freine le développement du pays et détruit la vie de nombre de jeunes, parfois transportés d’un pays à l’autre. L’arrestation d’un passeur à la frontière ivoiro-ghanéenne, à la fin du mois de juin dernier, met en lumière la flexibilité de réseaux toujours plus difficiles à endiguer.

« La place des enfants, c’est à l’école »

L’auteur de ce trafic d’enfants, Barry Yacou, a été déféré au parquet d’Aboisso où il a été jugé et condamné à 12 mois de prison ferme avec une amende de 100.000F CFA. La peine atteste d’un durcissement de la répression, alors que lors des présidences précédentes, il était coutume de fermer l’œil sur ces abus qui contribuaient à la compétitivité du secteur. Dès son arrivée à la tête du pays, le président Alassane Ouattara a décidé de prendre ce problème à bras le corps : entre 2012 et 2014, environ 4 000 enfants victimes de traite et d’exploitation dans le secteur du cacao ivoirien ont ainsi été arrachés à leurs bourreaux. Le gouvernement rappelle régulièrement aux familles que la place des jeunes – que ce soit pour prévenir les enlèvements ou pour les prendre en charge après qu’ils ont été rescapés – est à l’école. Par un plan d’action qui s’échelonne de 2015 à 2017, la Côte d’Ivoire compte ainsi favoriser la création de programmes nationaux visant à endiguer le travail des mineurs.

La ministre de la promotion de la femme, de la famille et de la protection de l’enfant, Euphrasie Kouassi Yao, rappelant la position du gouvernement sur ce sujet, avait interpellé les parents contre certains agissements préjudiciables : « J’exhorte les parents à une plus grande vigilance pour le bien-être de leurs enfants. La place des enfants, c’est à l’école. En Côte d’Ivoire, l’école est obligatoire et gratuite pour les enfants de 6 à 16 ans, et nous tenons fermement à ce que cette loi soit appliquée sur toute l’étendue du territoire national. » Une plus grande assiduité à l’école peut en effet les tenir éloignés des plantations – véritables culs de sac professionnels et humains – et leur permettre de se former à des professions moins pénibles et mieux rémunérées.

La réussite des programmes de scolarisation est d’ailleurs encourageante. « Depuis qu’il y a l‘école, ces enfants-là chaque jour y viennent, raconte le directeur de l‘école publique de la ville de Goboué, Denis Kouakou Angoua. La première année en 2013 on a eu un grand effectif au CP1, la première classe. Les grands enfants de 10 ans qui n‘étaient pas allés à l‘école, on a réussi à les rattraper, les empêchant ainsi d’aller au champ. » Selon les chiffres de la Fondation ICI, en 2011, 48 % des enfants étaient « impliqués dans des travaux dangereux ». En 2013, ce chiffre était passé à 37,8 %. Ainsi, les initiatives politiques visant à améliorer les conditions de vie dans les plantations de cacao ont permis de ralentir le phénomène. Mais malgré les progrès enregistrés ces dernières années, le travail des enfants est toujours trop présent, et le concours d’acteurs non gouvernementaux est crucial.

Programmes électoraux gabonais

Par exemple, en janvier dernier, la Fondation Children of Africa, fondée par Dominique Nouvian – Première Dame de Côte d’Ivoire –, a annoncé la construction de trois centres d’accueil en faveur des enfants victimes de travail et de maltraitance. « Nous avons constaté un manque d’infrastructures nécessaires à l’accueil des enfants victimes de traite et d’exploitations diverses, lorsqu’on arrivait à les sortir des griffes des trafiquants. Aujourd’hui, il existe trop peu de centres capables de recueillir les enfants dans de bonnes conditions », a expliqué Nadine Sangaré, directrice Côte d’Ivoire de la Fondation. Aussi, en réaction à ce phénomène, Madame Nouvian a lancé le projet « Éliminer le travail des enfants dans la cacaoculture » (ECLIC). Ce programme, qui doit permettre de protéger, d’accompagner et d’éduquer 5 450 enfants vulnérables dans 50 communautés productrices de cacao du pays, a connu un succès sans précédent. Et vient s’ajouter aux « bibliobus » lancés par la Première Dame, afin d’acheminer la connaissance dans les zones les plus reculées et pauvres, grâce à des bus reconvertis en bibliothèques.

Dans la même dynamique, la Fondation Jacobs – créée par Klaus Jacobs, le fondateur d’Adecco – a déployé l’an dernier un programme d’appui à la qualité de l’éducation : « Transformer l’éducation dans les communautés de cacao ». Doté d’une enveloppe de 30 milliards de FCFA, il est spécialement destiné aux enfants rescapés du travail dans les plantations. En plus de ces efforts de guérison, il est nécessaire de lutter contre cette dérive en amont. La prise de conscience internationale et la bonne volonté des familles sont deux choses ; la mobilisation des différents acteurs de la filière, à commencer par les industriels eux-mêmes, est elle aussi nécessaire.

 

 

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