Tchad : Idriss Déby se prononce en faveur de la limitation des mandats

Publié le 18.02.2016, 17h20 | 2098 vues | 0 Commentaires

Tchad : Idriss Déby se prononce en faveur de la limitation des mandats

Candidat déclaré à sa succession, Idriss Déby a annoncé vouloir modifier la Constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels. Si cette décision peut paraître incongrue venant de celui qui avait fait changer la loi en 2004 pour rester au pouvoir, elle s'explique par la stabilité retrouvée dans le pays six ans après la fin de la guerre civile.

Au pouvoir depuis 25 ans, Idriss Déby a été choisi le 9 février comme candidat officiel du Mouvement patriotique du salut (MPS) pour l'élection présidentielle dont le premier tour est prévu le 10 avril. S'il est réélu, le président tchadien souhaite modifier la Constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels (à deux), soit exactement l'inverse de ce qu'il avait fait en 2004. Alors que les présidents du Burundi ou du Rwanda, entre autres, ont eux récemment changé la loi pour se maintenir au pouvoir, Idriss Déby estime qu'il est temps de revenir à l'ancienne règle, appliquée dans de nombreux pays afin de favoriser l’alternance. « La réintroduction du principe de limitation des mandats présidentiels dans la Constitution doit être posée, car il y va de la vitalité de notre jeune démocratie », a-t-il déclaré.

En 2004, lorsqu'Idriss Déby a supprimé le nombre maximum de mandats présidentiels, le Tchad est à l'aube d'une guerre civile d'envergure, dont les prémices sont déjà palpables. Des milliers de Centrafricains se sont réfugiés au Tchad pour fuir les combats, tout comme plus de 200 000 Soudanais, qui ont quitté un Darfour déjà en pleine guerre civile. Dans le même temps, des milices Janjawid du Darfour ont lancé des raids sur plusieurs villes et villages de l'est du Tchad, menaçant gravement la sécurité des habitants. Au pouvoir depuis 1990 après avoir renversé l'ancien président Hissène Habré avec le soutien de la France, Déby voulait alors assurer qu'il garderait à la tête du pays une autorité forte, à même d'assurer la continuité de l'Etat. Six ans après la fin de cette guerre civile, la paix est revenue de façon durable dans le pays. La possibilité d'une alternance politique semble aujourd'hui cohérente et moins risquée qu'il y a 12 ans.

Favori incontesté depuis son élection à la tête de l'Union africaine

À 64 ans, Idriss Déby affiche toutefois une grande détermination à se faire élire pour la cinquième fois à la présidence du Tchad, qui reste sous la menace des groupes terroristes présents dans le Sahel. Nommé pour un an à la tête de l'Union africaine fin janvier, le chef d'État dispose d'une aura sans pareil en Afrique centrale, où la coalition militaire régionale qu'il a initiée a permis de faire reculer Boko Haram depuis trois ans.

Victorieux de chaque élection présidentielle avec une majorité écrasante, Déby fait figure de favori incontesté, surtout depuis qu’il a nommé Albert Pahimi Padacke, opposant et candidat annoncé à la présidentielle tchadienne, au poste de Premier ministre le 13 février. Les deux principaux rivaux de Déby n'auront qu'à bien se tenir : Saleh Kebzabo, le chef historique de l'opposition, président de l'Union nationale pour la démocratie et le renouvellement ; et le député Ngarléjy Yorongar, président de la Fédération Action pour la République. Avec la solide implantation du MPS dans les 23 régions du pays et les moyens importants dont dispose le parti, le président tchadien pourrait même être élu dès le premier tour.

A la suite de son investiture, Déby a présenté un autre axe majeur de son programme : la transformation du Tchad en État fédéral, un thème de campagne également cher à Yorongar. « La forme même de l’Etat doit être revue pour en finir avec l’Etat centralisé. N’ayons pas peur des mots. Il faut sérieusement envisager de tendre vers un système de type fédéral. » En défendant cette proposition, Déby a prouvé que les idées de l'opposition sont les bienvenues si elles sont pertinentes, signe que le Tchad est vraiment prêt à entrer dans une ère démocratique, où ouverture et alternance sont les maîtres-mots. 

Publier votre réaction avec un compte anonyme
  • text :*

    nombre de lettres restantes 500

Publier votre réaction avec votre propre compte

Vos réactions | 0 réactions

Problème de mot de passe

Veuillez saisir votre email