Le Maroc en ordre de marche pour protéger ses jeunes des méfaits du tabac

Publié le 12.06.2019, 16h23 | 718 vues | 0 Commentaires

Le Maroc en ordre de marche pour protéger ses jeunes des méfaits du tabac

L’édition 2019 la journée mondiale sans tabac, rendez-vous annuel institué par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avait pour thème « le tabac et la santé pulmonaire ». L’occasion d’attirer une nouvelle fois l’attention du grand public marocain sur les effets néfastes de l’exposition au tabac et de rappeler le rôle fondamental des poumons pour la santé. Cancer, affections respiratoires chroniques ou encore tuberculose : 40 % des décès liés au tabac sont le fait de maladies pulmonaires.

Réduire la consommation chez les plus jeunes

Cette année, l’accent a été mis sur les plus jeunes, une catégorie fragile et toujours plus exposée au tabagisme, actif comme passif. Selon les informations de Tabacco Atlas, plus de 10 000 enfants marocains de 10 à 14 ans fumeraient quotidiennement. Une situation à laquelle le Maroc veut remédier.

Le programme national de lutte anti-tabac fixé dans le cadre de la stratégie nationale multisectorielle de prévention et de contrôle des maladies non transmissibles pour la période 2019-2029 prévoit de réduire de 20% la consommation de tabac des 15 ans et plus. Le programme s’articule autour de quatre axes : la sensibilisation, le suivi, la mise en place de consultations d’aide au sevrage tabagique et enfin le renforcement de l’arsenal juridique. Des actions de sensibilisation sont aussi organisées dans les établissements scolaires et relayées sur les réseaux sociaux et le site du ministère de la Santé.

S’appuyer sur les nouvelles technologies pour toucher plus de jeunes : c’est justement la démarche du lycée Maghreb Arabe de Fès. Une équipe d’élèves et d’enseignants y a mis au point une application mobile de lutte contre le tabac. Première du genre, l’initiative a été soutenue par l’association marocaine « moi et toi » qui encourage les jeunes à se mobiliser contre l’usage des drogues.  

 

Le tabagisme poursuit son expansion au Maroc

Pour le Royaume, cibler les jeunes est un pari sur l’avenir, dont l’issue espérée n’est autre que l’émergence d’une génération moins dépendante que celle qui l’a précédée. Précurseur de la lutte contre le tabac en Afrique du Nord, le Maroc a adopté dès 1996 une loi interdisant sa promotion et sa consommation dans les lieux publics. Une stratégie gouvernementale que la société civile appelle de ses vœux. Alors que plus de 64% des fumeurs marocains ont déjà tenté de se libérer de leur addiction, une écrasante majorité d’entre eux se déclare en faveur d’une augmentation des taxes sur les produits tabagiques. 

En dépit de ses efforts, le Maroc continue de payer un lourd tribut dans sa bataille contre la cigarette. En 2017, quelque 17 600 marocains sont morts à cause du tabac. De fait, les cigarettiers se livrent sur place à une offensive musclée pour écouler leurs produits, par tous les bouts et par tous les moyens. Et ils ne reculent devant rien pour rendre les consommateurs toujours plus accros.   

 

Deux poids, deux mesures

Une enquête de la journaliste indépendante Marie Maurisse menée pour le compte de l’ONG Public Eye a prouvé que les cigarettes suisses vendues au Maroc et plus largement au Maghreb et en Afrique subsaharienne étaient beaucoup plus toxiques et plus addictives que celles produites pour le marché européen. Des analyses de laboratoire ont révélé des taux plus élevés de monoxyde de carbone et de goudron et le double de nicotine. Une politique du « deux poids deux mesures » qui procède d’une volonté de capter, coûte que coûte, le vivier de consommateurs africains pour compenser le recul de la consommation en Europe. En 20 ans, les ventes de tabac en Suisse ont baissé de 38 %. En France, le nombre de fumeurs a diminué de 12% en deux ans selon les derniers chiffres communiqués par Santé Publique France.

A l’inverse, l’OMS estime que le nombre de fumeurs en Afrique devrait exploser d’ici 2025 – au premier rang desquels les jeunes - avec une progression estimée de 40 %, qui s’explique en partie par le boom démographique que connait le continent. Un relai de croissance plus qu’alléchant pour l’industrie du tabac, qui œuvre en coulisse pour éviter de voir instaurer en Afrique les mesures de prévention et de régulation qui ont justement permis le recul du tabagisme en Europe.

 

L’efficacité du système de traçabilité marocain

Et pour accéder au marché africain, les géants mondiaux du secteur ne se contentent pas de passer par la grande porte. Au Maroc, la prévention du tabagisme et la lutte contre la contrebande constituent les deux faces d’une même pièce. En plus de porter un sérieux préjudice aux recettes de l’État, la présence de vendeurs de cigarettes ambulants facilite toujours plus l’accès aux produits, leur confère une grande visibilité et favorise in fine leur acceptation sociale et leur consommation.     

Les fabricants, qui dénoncent à qui veut bien l’entendre les préjudices de la contrebande, seraient en réalité les premiers pourvoyeurs des réseaux de vente parallèles. Si l’on en croit les propos du sénateur français Xavier Lacovelli (PS), 98% des cigarettes de contrebande sortent tout droit des usines des fabricants. Une allégation démentie par les multinationales du tabac, Philippe Morris en tête.    

On ne peut donc que s’étonner de voir les fabricants tenter d’imposer un autre système de traçabilité, Codentify, en lieu et place du système de marquage indépendant instauré par le Maroc pour lutter contre la contrebande. Codentify a été développé par Phillip Moris International puis revendu à l’entreprise Inexto en 2016. Une volonté de brouiller les pistes qui ne fait pas illusion.

D’autant que le SAMID marocain (pour système automatisé de marquage intégré en douane), mis en place en 2010, a démontré toute son efficacité. Les résultats de la dernière étude de prévalence des cigarettes de contrebande de l’Administration des douanes et impôts indirect (ADII) en témoignent. Le taux de prévalence des cigarettes de contrebande n’a cessé de chuter ces dernières années, passant de 14 % en 2015 à 3,7 % en 2018.

La non-conformité de Codentify quant aux critères d'efficacité, de sécurité et de fiabilité à respecter pour garantir un contrôle efficace des flux de tabac a par ailleurs été dénoncée par différents observateurs.

  

Sale temps pour l’indépendance de la traçabilité en Afrique

Le marquage des cigarettes fait l’objet d’un véritable bras de fer entre les lobbys du tabac et les partisans d’un système de traçabilité totalement indépendant tel que préconisé par le protocole « pour éliminer le commerce illicite du tabac » de l’OMS.

La visite qu’a rendue le lobbyiste et ancien ambassadeur de France Bruno Delaye (par ailleurs inscrit au registre des représentants d’intérêts du Parlement européen pour le compte d’Impala, maison mère d’Inexto) aux douanes marocaines en septembre dernier ne laisse aucun doute sur l’ampleur des pressions qui pèsent sur le pays.

Alors que le Maroc résiste, les cigarettiers ont réussi à imposer leur système de traçage en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Tchad. Ceci sans tenir compte des recommandations de l’OMS et sans faire cas non plus des risques que fait poser un tel système sur la santé des jeunes dans ces pays.

Jusqu’où ira l’enfumage ?

 

La Rédaction  

Crédit photo : Sajjad Zabihi 

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