Les dessous de la candidature du Maroc à l'Union africaine

Publié le 29.11.2016, 12h10 par Paul Benguella | 83 vues | 0 Commentaires

Les dessous de la candidature du Maroc à l'Union africaine Mohamed VI demande le soutien d'Idriss Déby

Mohamed VI demande le soutien d'Idriss Déby

En accueillant la COP22 du 7 au 18 novembre, le Maroc affiche l'image d'un pays moderne, car concerné par l'avenir de la planète. Mais sur son propre continent, le royaume chérifien ne fait même pas partie de l'organisation suprême des états africains, l'Union africaine, chose que Mohammed VI semble bien décidé à corriger. 32 ans après avoir quitté l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qu'il a contribué à créer en 1963, le Maroc a fait part de sa volonté d'intégrer l'Union africaine, qui remplace l'OUA depuis 2002, lors du 27e sommet de l'institution les 17 et 18 juillet à Kigali (Rwanda). Sur les 54 chefs d'État africains réunis au Rwanda, 28 ont alors appuyé de leur signature la demande du Maroc, emmenés par le président gabonais Ali Ondimba Bongo.

Avec un peu plus de la moitié des pays-membres favorables à son adhésion, le Maroc présente toutes les chances de voir sa requête acceptée. En effet, une simple majorité suffit pour l'admission d'un nouveau membre, qui doit être validée et communiquée par Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l'Union africaine, après réception des décisions de chaque État. Il faut dire que le gouvernement marocain a bien préparé sa candidature, fruit d'un jeu diplomatique entamé il y a déjà plusieurs années, selon Jeune Afrique. Peu avant le sommet africain, le conseiller royal aux affaires étrangères, Taïeb Fassi-Fihri, a ainsi fait étape dans 41 pays africains en moins de 20 jours pour rallier un maximum de présidents à sa cause. Le 23 septembre, il a ensuite rencontré Nkosazana-Dlamini-Zuma pour remettre officiellement entre ses mains le dossier de candidature du Maroc. Mais alors que cette dernière aurait dû transmettre la demande d'adhésion à tous les états membres, il semblerait qu'elle ne l'ait pas encore fait, selon un récent article publié sur le site Tequel.ma. C'est pourquoi fin octobre, Mohammed VI a téléphoné personnellement à Idriss Déby, seul à pouvoir accélérer le processus de candidature.

Idriss Déby au soutien de Mohammed VI

À la tête de l'Union africaine pour un an, le président tchadien s'est affirmé ces dernières années comme l'homme fort de l'Afrique centrale, notamment dans sa lutte contre Boko Haram. À l'origine de la coalition régionale armée qui combat les djihadistes dans le Sahel, Idriss Déby a d'ailleurs été reçu par la chancelière allemande Angela Merkel le 12 octobre pour s'entretenir sur la menace terroriste au Mali et au Niger ainsi que sur la question des migrants. Pour le roi marocain, le soutien du chef de l'État tchadien, acquis depuis cet été, est capital afin de garantir l'entrée du Maroc dans l'Union africaine. « Le Maroc a le droit de revenir dans la grande famille quand il veut et comme il veut, a déclaré Idriss Déby. Personne n'a le droit de l'en empêcher. C'est un pays du continent. »

Si l'entrée du Maroc, une des économies les plus puissantes d'Afrique, au sein de l'institution africaine présente des atouts évidents, ses motivations divisent cependant les membres de l'Union africaine. Cause de son départ de l'OUA en 1984, la République arabe sahraouie démocratique (RASD, ou Sahara occidental) serait le principal enjeu du retour du Maroc dans l'institution continentale. Désirant récupérer ce territoire déclaré autonome depuis 1982, Marrakech en aurait fait une condition majeure à son adhésion, même si Mohammed VI prétend que ce n'est pas la raison la plus importante. « Les conditions ne sont pas importantes. L’important, c’est la nécessité pour le continent dans son ensemble d’accepter cela », juge Idriss Déby à propos de la candidature marocaine.

« La réintégration de l'Union africaine n'est pas une décision tactique, a affirmé Mohammed VI à RFI lors d'une visite à Dakar auprès de son allié Macky Sall, président du Sénégal. Elle nous permettra plutôt de défendre nos droits légitimes et de corriger les contre-vérités colportées par les adversaires de notre intégrité territoriale. Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé. [...] Nous avons décidé d'imprimer une nouvelle dynamique compte tenu du poids politique, des potentialités économiques et des atouts stratégiques ». Mais avant de s'intéresser à l'avenir de l'Afrique, le Maroc doit réussir sa COP22 à domicile pour tenter de sauver la planète.

 

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