Maroc : le boycott se retournerait-il contre ses instigateurs

Publié le 24.08.2018, 10h09 par La Rédaction | 12933 vues | 0 Commentaires

Maroc : le boycott se retournerait-il contre ses instigateurs Maroc : le boycott se retournerait-il contre ses instigateurs

Au Maroc, la campagne de boycott à l’encontre de plusieurs marques sème le trouble. Au cœur de la tempête, le Parti de la justice et du développement (PJD), accusé d’avoir fomenté le mouvement, a dû se défaire d’un de ses ministres. Le début d’un retour de flamme ?

Un boycott instrumentalisé ? Depuis plusieurs semaines, les marques d’eau minérale Sidi Ali, de produits laitiers Danone et les stations-service Afriquia font l’objet d’une campagne de boycott au Maroc. Débuté sur Internet de manière anonyme, ce mouvement a rapidement été accusé d’avoir été instrumentalisé par des forces politiques, au premier rang desquelles le Parti de la justice et du développement (PJD), une formation islamiste, qui fait partie du gouvernement.

Retour de flamme ?


Si le mouvement de l’ancien Premier ministre Abdel-Ilah Benkiran au sein du PJD est à l’origine du boycott, il se pourrait bien que le parti dans son ensemble soit ironiquement la première victime de la campagne de calomnie lancée sur les réseaux sociaux du Royaume. Le 6 juin dernier, Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance, a en effet annoncé sa démission du gouvernement. Démission qui doit encore être acceptée par le souverain, Mohammed VI.

Le tort du ministre ? Avoir assisté, la veille, à un sit-in organisé par les ouvriers de la multinationale française Centrale Danone, ouvriers qui protestaient contre le boycott subi par leur entreprise. Un geste apparemment spontané et non réfléchi, mais qui a été qualifié par les membres du PJD « d’impair », voire « d’attitude indigne ». Le ministre a également été accusé de « dilapider le capital popularité du parti » auquel il appartient.

Dans la foulée, les membres du secrétariat général du PJD ont été convoqués en urgence afin « d’évaluer les implications de la participation du frère Lahcen Daoudi à une manifestation devant le Parlement ». Dans un communiqué officiel, son comportement est qualifié « d’inapproprié » et le parti prend acte de sa volonté « d’être libéré de ses fonctions ministérielles ». Une manière de reconnaître sans le dire que le PJD soutient bien la campagne de boycott, et qu’il n’a pas accepté qu’un de ses membres prenne ses distances avec elle.

Pour le journaliste et écrivain marocain Khalid Jamai, « il s’agit d’un évènement inédit dans l’histoire politique du Maroc, dans la mesure où une partie du peuple marocain a contraint un ministre à présenter sa démission sous la pression d’une campagne de boycott ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, avertit l’expert : « les dirigeants du PJD n’ont aucune considération pour les attentes du peuple marocain et leurs actions s’inscrivent uniquement dans le cadre de luttes intestines et de règlements de comptes » entre les fidèles du Premier ministre et ceux roulant pour d’autres figures du gouvernement.


Une cabale contre Aziz Akhannouch


Depuis le début du mouvement, tous les regards convergent en effet vers les détracteurs d’Aziz Akhannouch, l’actuel ministre de l’Agriculture — et propriétaire des stations-service Afriquia, l’une des trois marques boycottées. Le PJD, affaibli par la montée en puissance du ministre, aurait chargé ses « brigades électroniques », un groupe de milliers d’internautes connu pour ses actions digitales concertées et massives sur la Toile marocaine, de fragiliser la position d’Akhannouch.

Derrière le souci affiché de défendre le pouvoir d’achat des Marocains se cacherait donc une « sale guerre » politicienne. « Ceux qui mènent cette nouvelle campagne sont les mêmes que ceux qui défendaient un troisième mandat pour Benkiran », l’ancien Secrétaire général du parti, affirme un bon connaisseur des réseaux sociaux marocains. Un point de vue renforcé par le fait qu’aujourd’hui seul Afriquia reste dans le viseur des boycotteurs, les marques Sidi Ali et Danone étant de moins en moins ciblées sur les réseaux sociaux et dans la presse.


Le boycott fait vaciller le PJD en interne


Quoi qu’il en soit, le mouvement de boycott divise le PJD. Si la base des militants du parti islamiste soutient massivement la campagne, sa direction se doit de compatir à la colère des entreprises et de défendre l’économie marocaine. Ainsi, début juin, les instances du PJD ont plaidé pour une action à même d’apporter une réponse « aux revendications populaires (…) tout en veillant à la stabilité de l’économie nationale et préserver son attractivité ».

Preuve de ce tiraillement, le patron du PJD, Saâd-Eddine El Othmani, est même allé jusqu’à appeler les Marocains à cesser le boycott des produits Danone et a mis en garde contre ses « conséquences négatives sur l’investissement national et étranger et du coup sur l’économie nationale ». Une manière de ménager la chèvre et le chou qui ne trompe plus grand monde et qui témoigne de l’embarras d’une formation politique sur le déclin.

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