Maroc : un think tank français alerte sur les risques de manipulation des élections

Publié le 01.10.2019, 10h04 | 1825 vues | 0 Commentaires

Maroc : un think tank français alerte sur les risques de manipulation des élections

L’École de Pensée sur la Guerre Économique (EPGE) est un think tank français étudiant la guerre économique dans l’objectif d’en « nourrir la problématique et de l’enrichir par des apports conceptuels ainsi que par la formalisation de nouvelles grilles de lectures destinées aux différents publics ». C’est sûrement pour ces raisons que les spécialistes se sont penchés sur le cas du boycott marocain d’avril 2018, dont les tenants et les aboutissants divisent depuis plus d’un an les experts.

Qui est derrière cette manifestation qui a durablement impacté les résultats du français Danone, de Sidi Ali et Afriquia ? Le mystère, longtemps resté entier, trouve une réponse avec ce long rapport publié par l’EPGE et relayé par le journal Causeur. L’étude décrypte non seulement le contexte qui a donné naissance au boycott, mais aussi le réseau ayant permis à ce mouvement digital d’émerger.

 

Un réseau de hackers et de militants proches des Frères Musulmans

De nombreux experts avaient déjà alerté sur les origines troubles du boycott. Certains chercheurs avaient même révélé l’utilisation massive de moyens techniques complexes. Ce fut notamment le cas d’une étude d’IDS Partners sur Twitter, qui avait démontré scientifiquement l’implication de robots.

Le think tank confirme cette tendance, dénonçant des pratiques « qui trahissent une opération de manipulation de l’information : spams à grande échelle, astroturfing, utilisation de robots, etc. ». L’EPGE va plus loin en dévoilant la composition du réseau derrière le boycott, qui, selon les spécialistes, est « organisé, hiérarchisé et compartimenté. » Au cœur de ce dernier, on retrouve un hacker du nom de Jawad Fadili qui animerait depuis 2014 la page Kifaa7, sous différents noms.

Dissimulé dans l’ombre, Jawad Fadili laissait le soin à d’autres membres du réseau comme Moul Chekara, Imnir Amine ou encore MC Talib, des Youtubeurs bien connus au Maroc, de transmettre leur idéologie et leur message sur le Web. Ces militants partagent, pour la plupart, « une proximité avec la Turquie et les frères musulmans ». « Ces liens (…) ont été confirmés à l’annonce de la mort de Mohammed Morsi, le 17 juin dernier. À cette occasion, nombreux sont les membres du réseau qui reprendront des hommages au « frère » Morsi comme Moul Chekara, Sordo, ou le cheikh Redouane. »

Il est possible, comme le laisse entendre le rapport, que le boycott soit une initiative politique d’Al Adl Wal Ihsanne, dont l’adhésion au parti est par nature secrète. Les passerelles tant idéologiques que politiques sont nombreuses entre le parti de la « Justice et de la Bienfaisance » et les boycotteurs. Cheikh Redouane, un prédicateur influent du réseau, s’est ainsi mis en scène lors d’une de ses vidéos Youtube avec le fondateur du mouvement Al Adl, comme un hommage.

 

Les élections marocaines comme objectifs ?

L’analyse de l’EPGE tranche avec les précédents avis d’experts qui attribuaient, dans leur majorité, le boycott à une action des brigades électroniques du PJD. Si le think tank français n'écarte pas totalement cette idée, il souligne toutefois que le leader du parti à la lampe et actuel chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani a aussi été pris pour cible.

L’EPGE note aussi que les partis politiques ont bien essayé de profiter de cet élan, ce qui paradoxalement va renforcer le mouvement. « Du PJD, au PAM et même jusqu’au minoritaire PSU, les partis politiques vont surréagir au boycott. Ce faisant, ils ont joué les idiots utiles d’un mouvement qui manquait encore clairement de légitimité, mais qui a su jouer sur les dissensions internes [du royaume]. »

Bien mal leur en a pris car, selon l’EPGE, l’objectif du réseau dépasse le seul cadre de la guerre économique. « Le réseau du 20 avril peut devenir une véritable force activiste d’opposition, activable à tout moment et capable, dans un temps très court, de créer un chaos politique. » postulent les auteurs. Se basant sur les campagnes de manipulation menées à travers le monde, ceux-ci défendent d’ailleurs l’hypothèse que ce réseau devrait se montrer très actif durant les élections de 2021, ce qui expliquerait le glissement vers un discours anti-élites, anti-partis politiques.

Alors que le Maroc connait depuis peu une montée de l’intégrisme sur fonds de crise sociale (assassinat des touristes suédoises, menaces de mort sur des touristes belges), l’État marocain ferait bien de prendre cette menace au sérieux.

 

Lire l’étude de l’EPGE en entier sur le site du think tank

 

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