Pourquoi faut-il s’inquiéter de l’essor d’Airbnb au Maroc

Publié le 30.11.2015, 19h17 | 233 vues | 0 Commentaires

Pourquoi faut-il s’inquiéter de l’essor d’Airbnb au Maroc

Airbnb continue de susciter des inquiétudes. Les plaintes, les témoignages, les questions (qui restent souvent sans réponse) de la part des utilisateurs se multiplient. Hélas les situations dangereuses, voire dramatiques, aussi. De quoi y réfléchir à deux fois avant de profiter des vertus de l’économie collaborative, alors que la start-up projette de gagner des parts de marché en Afrique, notamment au Maroc. Passage en revue. 

Dans le Texas, un homme est mort en faisant de la balançoire dans le jardin de la maison qu’il louait avec sa famille le jour de la Thanksgiving. Lorsque son fils, le journaliste Zak Stone, a commencé à se demander si la société californienne ne pouvait en faire plus pour garantir la sécurité de ses usagers, il a été confronté à la réponse juridico-technique, exempte de toute empathie, d’Airbnb. Comme la plupart des sociétés de l’économie dite « du partage », elle affirme ne pas être responsable des prestations individuelles assurées par les hôtes. Elle n’est que la plate-forme permettant de mettre en relation des particuliers. Mais Zak Stone n’en est pas persuadé. Pour lui, ces plateformes ne sont pas de pièces neutres assurant le bon fonctionnement technologique d’un réseau qui leur échappe. Elles sont des acteurs bien actifs d’une économie extrêmement concurrentielle et libérale, des sociétés dont la stratégie consiste à réaliser un bénéfice maximum en se dédouanant de toute responsabilité.

A Madrid, le séjour d’un Américain de 19 ans a tourné au drame. Aussitôt arrivé dans l’appartement qu’il avait réservé sur le site, il est séquestré par son hôte, qui le menace avec des couteaux de cuisine. Il envoie des SMS à sa mère qui, ne connaissant pas l’adresse de l’appartement où son fils est en train de se faire agresser, appelle Airbnb pour se renseigner. Mais la plateforme refuse de lui communiquer l’adresse et lui conseille de contacter la police madrilène pour que celle-ci, à son tour, téléphone à Airbnb et puisse obtenir l’adresse en question. Evidemment, cette procédure abracadabrante n’empêche pas son fils de subir les agressions sexuelles de son hôte. Airbnb, elle, plaide non responsable, quand bien même les faiblesses de son système de sécurité et de ses procédures d’urgence aient été mises au grand jour par ce tragique événement.

Si toutes les expériences sur Airbnb ne prennent des tournures aussi dramatiques, il n’en demeure pas moins que les plaintes et les inquiétudes se multiplient un peu partout. A Paris, les habitants des quartiers les plus prisés des touristes parlent de « défilés perpétuels » de voyageurs, avec les désagréments qui y sont associés. La gardienne d’un immeuble dit avoir reçu de la part des propriétaires qui louent leurs logements sur Airbnb la consigne de n’en parler à personne et de ne pas évoquer les nuisances éventuellement causées par les locataires. Et pour cause : dans certains immeubles, le turnover moyen de touristes (jusqu’à 4 par jour) serait supérieur à celui de bon nombre d’hôtels. Environ une main courante par semaine est déposée au Commissariat de police du 4e arrondissement de la capitale. Le bruit, les fêtes, les incivilités exaspèrent les habitants du Marais, tandis que les prix pratiqués (jusqu’à 400 euros par nuit !) alertent les agences immobilières et les pouvoirs publics.

Mais Airbnb semble décidée à se défausser et à rejeter les responsabilités sur les usagers. Et ce malgré les slogans accueillants et chaleureux qu’on peut lire sur la page d’accueil du site, tels que « Bienvenue à la maison » ou encore « Découvrez comment les hôtes Airbnb créent un sentiment d’appartenance à travers le monde ». En réalité, la liste des « limitations de responsabilité » grâce auxquelles la plateforme prétend se protéger juridiquement est claire : « Si vous choisissez d’utiliser le site… vous le faite à vos propres risques », « Airbnb n’est pas dans l’obligation de vérifier les antécédents d’aucun membre ou s’il est enregistré comme délinquant sexuel » ou encore « Vous êtes seul responsable de toutes vos communications et interactions avec d’autres utilisateurs du site ». Si ces précisions ne dissuadent pas davantage d’utilisateurs, c’est sans doute parce qu’elles sont noyées dans les interminables conditions générales d’utilisation.

Il faut le savoir : Airbnb est aujourd’hui le premier acteur hôtelier mondial en termes de nombre de chambres proposées, et non une petite start-up communautaire et conviviale. Elle doit donc assumer ses responsabilités. Surtout lorsqu’on connaît ses ambitions et que l’on sait qu’elle entend se développer encore, notamment en Afrique. En effet, malgré une hausse de 145 % sur un an, l’offre de logements Airbnb sur le continent reste limitée. La société table ainsi sur le potentiel des pays les plus touristiques, à savoir l’Afrique du Sud (9 400 annonces actuellement) et le Maroc (plus de 9 000 annonces). Au Royaume chérifien, Airbnb a d'ailleurs déjà commencé à se faire des ennemis. Sans oublier des pays comme le Kenya (1 400 annonces) ou encore des pays à très fort potentiel comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Togo (moins de 100 annonces chacun). De quoi susciter la convoitise.

 

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