Face à la déroute de l'EI, la Tunisie doit faire fasse aux retours de ses ressortissants djihadistes

Publié le 14.09.2016, 12h58 par La Rédaction | 88 vues | 0 Commentaires

Face à la déroute de l'EI, la Tunisie doit faire fasse aux retours de ses ressortissants djihadistes Tunisie et djihadisme

Mohamed Iqbal Ben Rejeb a créé en 2013, l'association Rescue Association of Tunisians Trapped Abroad (RATTA) qui défend la cause de 250 familles de jeunes radicalisés partis rejoindre les rangs de Daesh. Ce dernier s'est confié au site suisse 24 heures sur la situation de ces djihadistes appelés à retourner au pays suite à la déroute de l'Etat islamique.

La Tunisie est en effet « un important fournisseur » de combattants étrangers en Irak et en Syrie avec 6000 personnes présentes dans les rangs de l’organisation terroriste. Un chiffre éloquent qui laisse planer une menace importante pour le gouvernement qui redoute que ces individus, formés préalablement en Syrie, puissent frapper leur patrie d’origine.

Selon des chiffres officiels publiés par le ministère de l’Intérieur, 700 djihadistes tunisiens seraient déjà revenus au pays après avoir combattu sous les ordres de l’EI. La largesse des contrôles à la frontière libyenne, bien que renforcée, facilite en ce sens l'infiltration de terroristes et d'armes dans le pays.

Un retour qui ne fait pas les affaires de Tunis et qui renforce parallèlement le désarroi des familles totalement désorientées et peinées face à cette situation difficile. Et cela, Mohamed Iqbal Ben Rejeb l'a bien compris puisqu'il a dû, par le passé, convaincre son frère de quitter la Syrie afin qu'il retrouve la Tunisie au plus vite.

Pour le président de RATTA, la radicalisation en masse des jeunes tunisiens est toute trouvée : « Des politiciens et imams tunisiens les ont incités à aller combattre Bachar el-Assad. Une majorité d’entre eux ont entre 18 et 27 ans, ont fait des études scientifiques, sont marginalisés par la société ou leur famille. Toutefois, la pauvreté ou la richesse n’a aucun impact, mais les régions du Sud et du Sahel tunisien sont les plus touchées », affirme-t-il.

Avant de poursuivre, véhément : "Les départs massifs de Tunisie ont eu lieu entre la fin de 2012 et le début de 2014. Ces jeunes sont devenus des combattants, des tueurs ou de simples employés de Daesh. Aujourd'hui, les retours, c’est notre grande crainte car les auteurs des attentats du Bardo et de Sousse se sont entraînés en Libye. Quand des personnes embrigadées et préparées au combat reviennent ici, elles représentent des bombes à retardement. Surtout en Tunisie, où il n’y a pas de procédure de déradicalisation."

La prison, une fausse solution

Ben Rejeb prône donc la réhabilitation de ces djihadistes plutôt que l'emprisonnement immédiat : "Le gouvernement fait croire qu’en jetant ces gens en prison, il va les neutraliser. On ne fait que repousser le problème car à leur sortie, auront-ils changé ? Questionne-t-il, ironique.

"Nos prisons sont pleines de salafistes et sont même des lieux de recrutement. Il faut que l’Etat élabore une stratégie pour réintégrer ces personnes, avant et après la détention, comme le font la France, l’Allemagne, le Danemark. Daesh est un virus. Pour le neutraliser, il faut aussi frapper son idéologie."

Le président de RATTA précise dans la foulée que les personnes incriminées dans ce dossier "n’ont pas toutes porté l’arme là-bas. Certaines ont uniquement travaillé dans l’administration de l'EI", laissant supposer "qu'il y a une chance de les réhabiliter ici."

Pour ce dernier, le message des imams en Europe sera déterminant à l'avenir pour contrer l'exode de ces jeunes et tacle à nouveau le gouvernement tunisien : "Les autorités punissent pour l’heure davantage les voyageurs du djihad, mais pas assez ceux qui les recrutent."

Mathieu Portogallo

Source : 24 heures

 

 

 

Publier votre réaction avec un compte anonyme
  • text :*

    nombre de lettres restantes 500

Publier votre réaction avec votre propre compte

Vos réactions | 0 réactions

Problème de mot de passe

Veuillez saisir votre email