Maroc : la couverture médicale en souffrance

Maroc Santé

La santé mal en point au Maroc ! La Banque mondiale relève, dans un nouveau rapport analytique, que la couverture médicale généralisée dans le pays souffre de déséquilibres structurels et de contraintes budgétaires. Elle pointe en particulier une hausse insuffisante des dépenses publiques de santé pour accompagner l’élargissement rapide des droits à ce dispositif. Cette situation serait en grande partie due à la dépendance accrue à la conjoncture macroéconomique et à une augmentation des dépenses sécuritaires.

Dans un rapport analytique publié début décembre, consacré à l’évolution des dépenses publiques de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, la Banque mondiale met en évidence les limites structurelles du financement sanitaire dans ces États, dont fait partie le Maroc. L’institution de Bretton Woods scrute en particulier les trajectoires budgétaires entre 2000 et 2024. Elle relève un ralentissement durable de la progression des crédits sanitaires.

Une décélération des dépenses publiques dans la santé depuis 2009

S’appuyant sur les données issues de la base mondiale des dépenses de santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des projections du Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale note que les dépenses publiques de santé par habitant ont progressé au Maroc de manière soutenue jusqu’en 2009, avant d’enregistrer une décélération marquée entre 2009 et 2019.

Aussi, souligne-t-elle, la hausse observée des dépenses sanitaires repose essentiellement sur la progression du produit intérieur brut, sans rehaussement significatif de la part relative de la santé dans les budgets publics. Cette inflexion est due à une stagnation de l’effort budgétaire et à un recul de la priorité accordée au secteur de la santé.

Des pressions macroéconomiques pèsent sur la pérennité de la couverture médicale

De fait, des pressions macroéconomiques pèsent sur les finances publiques du Maroc, comme sur celles d’autres pays à revenu intermédiaire inférieur. La Banque mondiale évoque notamment le service de la dette, les dépenses de sécurité et les engagements climatiques, qui absorbent une part croissante des ressources budgétaires, réduisant l’espace disponible pour les secteurs sociaux. « Dans de nombreux pays, la santé a cessé de bénéficier d’un traitement budgétaire préférentiel, même lorsque les besoins sanitaires continuaient de croître », souligne le rapport de la BM.

Des déséquilibres structurels propres aux pays à revenu intermédiaire inférieur

La Banque mondiale relève par ailleurs les déséquilibres structurels propres aux pays à revenu intermédiaire inférieur. Parmi ces déséquilibres figure l’extension de la couverture médicale à des populations auparavant exclues. Cette situation entraîne une augmentation rapide de la demande de soins, sans que les recettes contributives ne progressent à un rythme équivalent. L’élargissement des régimes au-delà de l’emploi formel génère des cotisations limitées, accentuant la dépendance à l’égard des transferts budgétaires de l’État. Or, ces transferts s’inscrivent dans un environnement fiscal marqué par une concurrence accrue entre secteurs et par une vigilance renforcée quant à la soutenabilité des finances publiques.

La survie de la couverture médicale dépendra de la capacité des autorités à préserver une place centrale à la santé dans les choix budgétaires

Face à ce tableau gris, la Banque mondiale rappelle que, lorsque la part de la santé dans la dépense publique totale cesse de progresser, la capacité des États à maintenir une couverture effective se trouve fragilisée. Elle craint que les pays à revenu intermédiaire inférieur souffrent davantage face à une contraction de l’aide publique au développement et à une sélectivité accrue des bailleurs.

Estimant que « le maintien des trajectoires actuelles ne permettra pas de combler les écarts de financement nécessaires à une couverture effective et durable des services de santé », la Banque mondiale invite implicitement Rabat à mesurer avec une rigueur accrue l’écart entre l’ampleur des engagements pris en matière de couverture médicale et la réalité des ressources susceptibles d’en assurer la pérennité. Sans formuler de propositions véritables, elle suggère que l’avenir du système sanitaire marocain dépendra étroitement de la capacité des autorités à préserver une place centrale à la santé dans les choix budgétaires, dans un environnement économique et financier de plus en plus contraint.