En Tunisie, un enfant de trois ans a été agressé sexuellement dans une garderie en début de mois. Cette affaire provoque une onde de choc dans tout le pays. Elle relance surtout le débat public sur la protection des mineurs, notamment leur place dans le cercle familial et la réglementation sur l’installation des caméras de surveillance dans les établissements préscolaires.
En Tunisie, un enfant de trois ans a été agressé sexuellement en début de mois par des hommes dans une garderie de la Cité Ennasr (gouvernorat de l’Ariana). On ne connait pas encore les raisons et les circonstances exactes de cette agression, mais plusieurs membres du personnel de l’établissement ont été arrêtés, dans l’attente de l’achèvement des investigations. Le parquet près le Tribunal de première instance de Tunis a ordonné une batterie d’expertises médicales et techniques et ouvert une information judiciaire. À ce jour, les enquêteurs continuent d’exploiter le système de vidéosurveillance et d’auditionner l’ensemble du personnel exerçant au sein de la structure.
Huit responsables de la garderie arrêtées
Au total, huit personnes sont concernées par cette affaire, quatre hommes et quatre femmes. Contre les quatre hommes, reconnus comme les auteurs principaux, le parquet a retenu plusieurs charges. Parmi lesquelles : agression sexuelle commise par des personnes ayant autorité sur la victime et ayant abusé de l’influence liée à leur fonction ; viol et agression sexuelle sur mineur ; maltraitance sur un enfant placé sous leur surveillance ; et déplacement d’un mineur âgé de moins de 18 ans du lieu où ses parents l’avaient placé, en recourant à la ruse.
Ces infractions, le viol sur mineur en particulier, figurent parmi les délits les plus sévèrement réprimés par le Code pénal tunisien. Les accusés encourent de lourdes peines, dont plusieurs années d’emprisonnement et même la prison à perpétuité, en cas de circonstances aggravantes liées à l’âge de la victime.
Quatre femmes accusées d’avoir participé aux faits reprochés aux auteurs principaux
Pour ce qui concerne les quatre femmes – la propriétaire de la garderie, sa directrice ainsi que deux éducatrices – les accusations portent principalement sur leur participation aux faits reprochés aux auteurs principaux. Le parquet les accuse aussi d’avoir laissé un enfant incapable d’assurer sa propre protection dans un lieu l’exposant au danger, alors qu’elles exerçaient une autorité sur lui et étaient chargées de sa garde.
Par ailleurs, le ministère public a formulé des chefs d’accusation pour « négligence » contre les employées et la propriétaire. Celle-ci est en fuite. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre. Sur le plan administratif, le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a ordonné la fermeture du jardin d’enfants à titre conservatoire.
Les enfants victimes d’abus sexuels à l’école comme à la maison
Si le gouvernement et la justice ont engagé toutes les procédures légales pour faire la lumière sur cette sordide affaire, celle-ci a relancé le débat public sur la protection des enfants. Pour beaucoup, cette agression démontre une fois de plus que les enfants tunisiens ne sont pas protégés comme il le faut. Ils subissent les travers d’une société qui a choisi de fermer ses yeux et de boucher ses oreilles sur les agressions sexuelles et les incestes dont ils sont victimes au quotidien, dans les foyers comme à l’école.
À la maison, les enfants sont souvent abusés en toute discrétion par les oncles, cousins, grand-pères ou amis de la famille. Ils n’osent pas en parler de peur de ne pas trouver une oreille attentive. Personne ne les croit. À l’école, une institution censée former le citoyen de demain et vue comme un lieu de protection, c’est plus grave. Cet endroit s’est mué en un monstre sorti des livres d’horreur.
Un appel à revoir la réglementation sur l’installation des caméras de surveillance en garderie
Cette agression sexuelle interroge également sur la réglementation en matière de vidéosurveillance dans les établissements préscolaires. Depuis 2020, un programme mis en place par le ministère de l’Intérieur impose un cahier de charge aux jardins d’enfants concernant les caméras de surveillance. Ces équipements doivent être installées à l’entrée et dans les espaces de jeux, mais elles sont interdites dans les vestiaires, les toilettes, les cantines et les salles d’activités.
Une incongruité pour les défenseurs des droits des enfants, notamment pour l’avocat Mahdi Louati, qui s’est interrogé sur la cohérence de cette réglementation sur les ondes de Mosaïque FM. Le juriste trouve ridicule d’interdire les caméras dans les salles d’activités alors que des risques d’agressions peuvent exister, que ce soit entre enfants ou de la part du personnel encadrant. Il appelle à une révision des textes juridiques pour mieux protéger le bien le plus précieux de la nation tunisienne : ses enfants.



