Algérie : après les incendiaires et les ravisseurs d’enfants, la peine de mort appliquée aux narcotrafiquants

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En Algérie, deux hommes ont été condamnés à la peine de mort par la justice pour avoir introduit clandestinement et commercialisé 144 kilogrammes de drogue de synthèse. Cette lourde sanction intervient après que le pays a élargi le champ d’application de la peine capitale, dans le sillage des incendies meurtriers de l’été 2026. L’évolution des lois algériennes suscite les inquiétudes d’Amnesty International, qui redoute une application aux opposants politiques et militants des droits humains.

Il ne fait pas bon de vivre actuellement en Algérie pour les narcotrafiquants. Le dimanche 18 octobre, la Cour d’Alger a condamné deux hommes à la peine capitale pour importation clandestine et commercialisation de 144 kilogrammes de drogue de synthèse. Ce verdict implacable s’inscrit dans le cadre de la loi 25-03, promulguée en juillet 2025, qui a élargi les sanctions applicables à certaines infractions liées aux stupéfiants et aux substances psychotropes. Il fait suite à de premières condamnations à mort (9 au total) prononcées le 5 octobre dans un dossier portant notamment sur la saisie de 113 kilogrammes de cocaïne et de plus de 225 000 comprimés de prégabaline.

L’extension de la peine de mort directement liée aux incendies de l’été 2026

Ces lourdes sanctions interviennent après les incendies meurtriers qui ont ravagé le nord-est de l’Algérie entre le 26 et le 30 août 2026. Le 30 août, le président Abdelmadjid Tebboune, plutôt furibond, a demandé au ministère de la Justice de réviser le Code pénal afin de réintroduire la peine de mort pour les auteurs et commanditaires d’incendies volontaires. Cette initiative a ensuite été étendue à d’autres infractions, comme la destruction volontaire de biens publics ou privés dans certaines circonstances, notamment au profit d’une puissance étrangère, dans le cadre d’actes de trahison ou d’un groupe criminel organisé.

La peine de mort s’applique désormais à l’enlèvement d’un enfant accompagné de torture, d’agression sexuelle ou de mutilation

La peine capitale vise aussi les faits portant atteinte à la sécurité publique, aux institutions, à l’économie nationale ou à l’environnement. En outre, les personnes qui encouragent, financent, organisent ou facilitent ces actes sont également concernées. Le texte prévoit par ailleurs la peine de mort pour l’enlèvement d’un enfant accompagné de torture, d’agression sexuelle ou de mutilation. Ces dispositions s’ajoutent à l’élargissement adopté en juillet 2025 pour certaines infractions graves liées au trafic de stupéfiants et de substances psychotropes. C’est une évolution majeure du système judiciaire algérien, car le pays n’avait plus procédé à une exécution depuis 1993, même si ses tribunaux continuaient à prononcer des condamnations à mort.

Certaines condamnations prononcées en 2021, après des incendies, étaient liées aux affiliations politiques des accusés, d’après Amnesty International

Évidemment, la décision du pouvoir algérien de rétablir et d’élargir le champ d’action de la peine de mort inquiète les ONG de défense des droits humains. Amnesty International, notamment, rappelle qu’après les incendies de 2021, qui avaient fait au moins 90 morts, 56 personnes avaient été condamnées à mort à l’issue d’un procès collectif marqué, selon elle, par de graves violations du droit à un procès équitable et par des allégations de torture non examinées. L’ONG estime que certaines condamnations étaient liées aux affiliations politiques des accusés.

Amnesty redoute un élargissement de la peine de mort aux activistes et opposants politiques

Amnesty International redoute que l’élargissement des infractions passibles de la peine capitale ne facilite de nouvelles poursuites contre des militants et des opposants politiques. C’est pourquoi, l’organisation demande aux autorités de rendre publiques les conclusions des enquêtes sur les actes délictueux comme les incendies volontaires, de communiquer des bilans complets des victimes et de garantir des procès équitables. Elle appelle surtout à instaurer un moratoire officiel sur les exécutions, première étape vers l’abolition de la peine de mort.

Seulement 17 pays ont procédé à des exécutions capitales en 2025

Amnesty International préconise enfin une réponse privilégiant la prévention des incendies, le renforcement des moyens d’intervention et des enquêtes indépendantes et transparentes. Selon l’ONG, les responsables doivent rendre des comptes que lorsque les preuves le justifient. Si c’est le cas, ajoute-t-elle, que cela se fasse dans le cadre de procédures équitables excluant la peine capitale, qui ne cesse de reculer dans le monde. Selon Amnesty International, seulement 17 pays ont procédé à des exécutions capitales en 2025, tandis que 54 pays maintiennent encore la peine de mort dans leur législation.