Énergie : l’Algérie se lance dans l’exploitation du gaz de schiste

Algérie

Selon l’agence Bloomberg, repris par plusieurs médias locaux, l’Algérie s’apprête à se lancer dans l’exploitation de son gaz de schiste. Le pays envisagerait de finaliser rapidement deux accords majeurs avec les géants américains ExxonMobil et Chevron. Avec 3 419 trillions de pieds cubes dans son sol, dont 707 trillions techniquement récupérables, il pourrait générer des revenus substantielles.

L’Algérie est sur le point de franchir une étape importante dans le développement de son secteur énergétique. Selon l’agence Bloomberg, qui rapporte les déclarations de Samir Bekhti, président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft), le pays s’apprête à finaliser deux accords majeurs avec les géants américains ExxonMobil et Chevron pour l’exploitation de son gaz de schiste. Les discussions avec ces majors étaient en cours depuis plusieurs années.

Un vif intérêt des Américains pour le gaz de schiste algérien

« Les aspects techniques ont été globalement validés, mais l’alignement commercial est encore en négociation et sera bientôt finalisé », a déclaré Bekhti dans son entretien à Bloomberg paru le vendredi 15 août. Il n’a toutefois pas fixé de calendrier précis pour la finalisation des contrats, mais a évoqué l’intérêt manifeste des compagnies américaines. En témoigne la visite, fin juin à Alger, de hauts responsables de Chevron et ExxonMobil, reçus par le président Abdelmadjid Tebboune. Ces derniers mois, la société nationale d’énergie Sonatrach a également intensifié les contacts avec les partenaires étrangers, après avoir signé un accord préliminaire en 2024 pour développer les ressources dans le bassin de l’Ahnet. C’est dans ce bassin, ainsi que celui de Berkine à l’est du pays, qu’a été foré le premier puits pilote de schiste en 2014.

Des responsables algériens ont visité les installations d’Exxon et Chevron au Nouveau-Mexique

Les dirigeants d’Exxon et Chevron ont également rencontré des responsables algériens lors du Forum algéro-américain de l’Énergie 2025, tenu à Houston, aux États-Unis, au mois d’avril. En marge de cet événement, la délégation du groupe Sonatrach, conduite par le PDG Rachid Hachichi, avait visité les installations des deux entreprises pétro-gazières au Nouveau-Mexique. Ces rencontres témoignent de l’intérêt des Américains pour les ressources de l’Algérie, l’un des géants énergétiques mondiaux, notamment en gaz de schiste.

L’Algérie détient les troisièmes plus grandes réserves de gaz de schiste récupérables au monde

D’après l’U.S. Energy Information Administration (EIA), l’Algérie détient les troisièmes plus grandes réserves de gaz de schiste récupérables au monde, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Ces réserves sont estimées à près de 20 000 milliards de mètres cube. Si elle est bien exploitée, cette ressource stratégique pourrait considérablement renforcer le poids énergétique du pays à l’échelle mondiale. Le potentiel en gaz de schiste peut s’appuyer sur une infrastructure énergétique déjà existante et un avantage géographique majeur. En effet, l’Algérie bénéficie de trois gazoducs qui la relie directement à l’Europe, contrairement au Qatar ou aux États-Unis, qui doivent exporter leur gaz naturel liquéfié (GNL) par voie maritime.

L’Algérie veut bénéficier du savoir-faire technologique américain

« Nous voulons débloquer ce potentiel et travailler avec ceux qui ont l’expérience, qu’ils soient Chinois, Américains ou Européens », a affirmé Bekhti, deux mois après que la Sonatrach a conclu un autre accord avec le chinois Sinopec dans une zone également riche en gaz de schiste. Tout comme avec Sinopec, l’accord avec Chevron et Exxon se veut gagnant-gagnant. Pour l’Algérie, il s’agit de diversifier ses partenariats et de bénéficier du savoir-faire technologique américain, notamment dans le domaine de l’exploration des gisements non conventionnels. Pour les majors US, l’Algérie représente une opportunité rare, compte tenu de ses immenses réserves et de sa proximité géographique avec l’Europe, un marché énergivore et stratégique.

L’exploitation du gaz de schiste pourrait démarrer dans deux ou trois ans

Mais quand est-ce que le projet sera lancé ? Selon l’Alnaft, les premiers sites à proximité des infrastructures existantes pourraient être opérationnels dans un délai de deux à trois ans seulement, alors que les États-Unis ont pris plus de quinze ans pour exploiter leurs premiers puits. « Pour l’Algérie, cela pourrait prendre moins de temps que cela car l’infrastructure, les installations et le réseau de gazoducs sont déjà en place », confirme Bekhti. Le dirigeant de l’Alnaft pense qu’« il suffira de collecter les données préliminaires, réaliser des tests initiaux, puis connecter aux installations » pour lancer l’exploitation du gaz de schiste.

Le gaz de schiste reste très controversé

Si les accords et l’exploitation de gaz de schiste se concrétisent, cela marquera un tournant pour le secteur des hydrocarbures en Algérie et l’économie nationale. Le pays produit déjà un peu plus de 100 milliards de mètres cube de gaz conventionnel par an, et s’est fixé un objectif ambitieux de 200 milliards de mètres cube d’ici 2030. Cette montée en puissance vise à répondre à une forte demande intérieure, tout en consolidant le rôle de fournisseur stratégique pour l’Europe de l’Algérie. Elle pourra s’appuyer sur le gaz de schiste, qui reste toutefois contesté. En effet, son exploitation contamine les nappes phréatiques et peut provoquer des tremblements de terre.