Banques et assurances : en Tunisie, le secteur menace d’une nouvelle grève

Maghreb Société Tunisie

Après le report d’une grève de trois jours fin décembre, les syndicats du secteur des banques et assurances restent déterminés à se faire entendre. Ils menacent d’une nouvelle grève majeure pouvant paralyser toute la Tunisie, déjà en difficulté économique. Les organisations syndicales réclament principalement des augmentations de salaires et la réintégration de leurs membres licenciés.

Début novembre 2025, les employés des banques tunisiennes ont observé une grève de deux jours pour réclamer notamment des augmentations de salaires, interrompant l’ensemble des transactions financières alors que le pays traverse une grave crise économique. Après cet épisode, les syndicats ont annoncé une nouvelle grève en décembre. Celle-ci devait avoir lieu les 29, 30 et 31 décembre, mais elle a été reportée sine die.

Les travailleurs des banques et assurances maintiennent la pression

Ahmed Jaziri, président de la Fédération générale des banques, des assurances et des institutions financières tunisiennes, a déclaré que toute grève a été reportée à après l’entrée en vigueur de la nouvelle année administrative. Il a assuré que le secteur restait attaché à la poursuite des mouvements de protestation, y compris l’exécution d’un nouvel arrêt de travail général, afin que leurs revendications aboutissent.

Pour l’essentiel, les employés du secteur bancaire réclament des augmentations salariales, l’amélioration de leurs conditions sociales et professionnelles, la réintégration des syndicalistes licenciés, la régularisation de la situation des contractuels et des agents de sous-traitance, conformément aux textes légaux récemment adoptés, ainsi que la clarification des responsabilités dans le blocage du dialogue social.

L’UGTT appelle à un dialogue « sérieux et responsable »

Pour sa part, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a appelé le Conseil bancaire et financier ainsi que la Fédération tunisienne des sociétés d’assurances à engager un dialogue « sérieux et responsable » avec la Fédération générale des banques, des assurances et des institutions financières pour trouver une solution à la situation actuelle.

L’UGTT réclame toutefois le respect des accords conclus avec les partenaires sociaux, tout en reconnaissant que les employés du secteur bancaire évoluent dans un climat de colère et de tension, notamment depuis la mise en œuvre de la grève légale des 3 et 4 novembre 2025. En décembre, l’organisation avait prévenu contre la détermination des syndicalistes à recourir à toutes les formes de lutte légales, allant du port du brassard rouge à tenue de sit-in devant certaines banques et compagnies d’assurances.

Le secteur des banques et assurances a fait de gros profits en 2024

Les syndicats sont d’autant en colère que les négociations salariales entamées en mai 2025 ont été suspendues sans explications par le patronat. Selon eux, le blocage des discussions a grandement contribué à la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs du secteur bancaire et assuranciel, sous l’effet conjugué de la flambée des prix et de la révision du barème de l’Impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP).

Cette modification du barème a été instaurée par la loi de Finances 2025 pour plusieurs catégories professionnelles, dont les employés des banques et des autres établissements financiers. Tandis que le pouvoir d’achat des travailleurs se dégrade, les patrons et les actionnaires s’en mettent plein les poches. Les organisations syndicales notent que les bénéfices cumulés de l’ensemble des banques et des compagnies d’assurance ont dépassé 2000 millions de dinars en 2024 d’après des données officielles.