La Libye adopte son premier budget d’État unifié depuis dix ans

Maghreb

Samedi, la Libye a franchi une étape significative dans son processus de réunification institutionnelle. Les organes législatifs rivaux de l’est et de l’ouest ont adopté, sous l’égide des Etats-Unis, le premier budget d’État unifié du pays, après 13 ans de division. Ce nouveau budget devrait notamment soutenir les projets de développement à l’échelle nationale et garantir le financement de la compagnie nationale de pétrole.

Samedi 11 avril, la banque centrale libyenne a annoncé que les organes législatifs rivaux de l’est et de l’ouest de la Libye ont adopté, sous la médiation des Etats-Unis, le premier budget d’État unifié du pays depuis 2013. « Cette étape reflète un progrès réel vers l’unification de la politique budgétaire et le renforcement de la bonne gestion des dépenses publiques », a déclaré l’institution financière dans un communiqué.

La Libye divisée depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi

Depuis la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est en proie à l’instabilité avec un gouvernement reconnu par l’ONU basé à Tripoli (nord-ouest), et une administration établie à Benghazi (nord-est). À cause de cette division, le pays évoluait depuis treize sous deux chambres législatives concurrentes, la Chambre des représentants (HoR), basée dans l’est et le Haut Conseil d’État (HSC) à l’ouest. Ce système dual a profondément affecté les finances publiques et la gestion des ressources nationales, en particulier les revenus pétroliers, pilier de l’économie libyenne.

La monnaie nationale récemment dévaluée faute d’un budget d’Etat unifié

Ainsi, malgré des recettes pétrolières en hausse de 15% sur un an en 2025 (22 milliards de dollars), la Libye fait face à un déficit en devises de 9 milliards de dollars. En janvier dernier, la banque centrale a dû dévaluer la monnaie locale, le dinar libyen, de près de 15% pour la deuxième fois en moins d’un an, invoquant notamment l’absence d’un budget unifié. A présent, c’est fait. Et c’est en grande partie grâce aux Etats-Unis, qui ont entrepris le rapprochement entre les deux camps depuis plusieurs semaines. Le conseiller du président des États-Unis pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a eu des entretiens avec le commandant adjoint de l’Armée nationale libyenne (ANL), Saddam Haftar, et des officiers des factions de l’ouest.

Des discussions pour une fusion des armées et un gouvernement d’union nationale en Libye

Les discussions ont porté sur les progrès vers un budget national unifié et l’organisation des exercices militaires « Flintlock 26 », prévus à Syrte ce mois-ci. Elles ont également concerné une fusion des armées, dans un contexte plus large d’initiatives internationales visant à rétablir l’équilibre institutionnel. En outre, les pourparlers ont abordé la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par l’actuel Premier ministre du Gouvernement d’union nationale (GUN, à l’ouest), Abdulhamid Dabaiba. Ce dernier projet est soutenu par un Conseil présidentiel présidé par Saddam Haftar, fils de KhalifaHaftar, maréchal et commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (est) depuis 2015.

Le budget d’Etat unifié comprend une enveloppe de près de 30 milliards de dollars

Abduljalel Shawesh, représentant du HCS à Tripoli, a confié à Reuters que les deux chambres législatives rivales s’étaient accordées sur une enveloppe budgétaire de 190 milliards de dinars libyens (29,95 milliards de dollars) pour 2026. Il a ajouté que le GUN de Tripoli, reconnu internationalement, se chargera des questions de salaires, de dépenses de fonctionnement et de subventions.

De son côté, un comité regroupant toutes les parties discutera des priorités de mise en œuvre des projets de développement sous l’égide de la banque centrale. Abduljalel Shawesh a également indiqué que la HoR devrait désormais soumettre la législation relative au budget. Tout le monde espère maintenant que les parties s’entendront et passeront aux étapes suivantes pour permettre à la Libye de retrouver la normalité.