Arte a diffusé, le samedi 28 février, le documentaire « Les trésors oubliés de la médecine arabe », réalisé par Mathieu Schwartz et Anaïs Van Ditzhuyzen. Disponible sur la plateforme jusqu’au 27 octobre 2026, ce film didactique revient sur le travail de scientifiques arabes qui qui ont développé des formules thérapeutiques intéressantes. Celles-ci pourraient nous permettre aujourd’hui de concevoir les médicaments de demain, notamment contre l’antibiorésistance.
Le samedi 28 février à 20h55, Arte a diffusé le documentaire « Les trésors oubliés de la médecine arabe », réalisé par Mathieu Schwartz et Anaïs Van Ditzhuyzen. Disponible jusqu’au 27 octobre 2026, ce film pédagogique d’une durée de 89 minutes suit des chercheurs du CNRS qui tentent de reconstituer un remède imaginé par le médecin perse Avicenne pour évaluer son potentiel face aux défis actuels, comme la résistance aux antibiotiques. Il rappelle que des savants arabes ont posé les bases de la pharmacologie moderne, après avoir exhumé des savoirs grecs, romains, indiens ou encore persans pour les traduire en arabe et les améliorer.
« Les trésors oubliés de la médecine arabe » revisités pour mettre au point des médicaments
« L’exploration de remèdes anciens offre un vaste réservoir de molécules encore inconnues des bactéries actuelles », explique Pierre Fechter, microbiologiste à l’origine de ce projet qui vise à reproduire en laboratoire des recettes médicinales tombées dans l’oubli. A Strasbourg, notamment, la chercheuse Capucine Braillon travaille sur une potion d’Avicenne à base de plantes et de métaux vieille de mille ans. Elle espère identifier des molécules actives contre les infections graves de la peau.
Véronique Pitchon et son confrère Elhoussaine Oussiali, deux spécialistes de l’histoire médiévale arabe, s’intéressent de leurs côtés à un collyre à base de biles d’animaux, qui étaient très efficaces contre le staphylocoque doré. ». Dans le cadre de leurs travaux, les deux chercheurs ont fait un déplacement à Fez, au Maroc, pour rechercher parmi les vieux traités de médecine de l’antique bibliothèque des remèdes pouvant enrayer l’antibiorésistance.
L’oubli progressif des savoirs médicinales arabes dû à un regard condescendant de l’Occident
Outre la redécouverte des formules thérapeutiques anciennes, le documentaire interroge l’oubli progressif des savoirs médicinales arabes. Pour l’historien Joël Chandelier, cet oubli peut s’expliquer par le « caractère surplombant du regard occidental, un mépris et un sentiment de supériorité des Occidentaux au moment de la colonisation » des territoires arabes. Les colons n’imaginaient pas que des peuples dits barbares puissent avoir développé une médecine meilleure que la leur. De ce fait, ils n’ont pas prêté attention aux thérapies inventées par les savants arabes, qui figuraient pourtant parmi les plus connus et respectés de leur époque.
« Les trésors oubliés de la médecine arabe » mettent en avant les grands savants du monde arabo-musulman
Entre le VIIIe et le XIIIe siècle, le monde arabo-musulman, qui s’étendait de l’Espagne aux rives de l’Indus, fut un important centre de savoirs médicaux. Les savants arabes et perses de l’époque ont traduit des formules d’autres civilisations et les ont enrichies grâce à leurs propres observations et connaissances. Ils ont ainsi pu créer des milliers de remèdes nouveaux.
Parmi ces éminents savants figurent Abu Mūsā Jābir (Geber en latin), Al-Kindi, Al-Razi, Ibn Sina (Avicenne) et Ibn Rochd de Cordoue (Averroès). Ibn Sinna, en particulier, était un grand philosophe et médecin perse, qui a produit l’une des plus célèbres œuvres médicales de tous les temps, le Kitab al-Qanun fi al-Tibb (le Canon de la Médecine). Il a également produit deux encyclopédies scientifiques, le Livre de la guérison (de l’âme) et Danesh-e Nâma (« Livre de science »).
On doit de nombreux outils médicaux aux savants arabes
Le monde arabo-musulman n’a pas fait qu’inventer des remèdes. Il a également réalisé de grands progrès techniques dans la médecine. Par exemple Ammar al-Mawsili, un important ophtalmologiste du Xe siècle, conçut une seringue creuse permettant de se débarrasser de la cataracte via un procédé de succion.
On doit aussi aux savants arabes, en particulier Abulcasis (Al-Zahrawi) une multitude d’instruments, dont les tenailles, scalpels, cathéters, cautères, bistouris, forceps et spéculums. Quant au médecin, Abu Al-Qasim, il a inventé le catgut, procédé de ligature des artères (généralement lors d’une amputation). Ce dispositif est encore utilisé aujourd’hui dans nos hôpitaux, des établissements qui auraient vu le jour en Orient sous le nom de Bimaristan.



