Le tunnel sous-marin de 65 kilomètres reliant l’Espagne au Maroc ne relève plus du doux rêve. Il est bel et bien faisable, d’après une récente étude technique menée par une entreprise allemande pour le compte du gestionnaire du projet Secegsa. Cette infrastructure ferroviaire connectera l’Afrique à l’Europe en 30 minutes. Mais elle ne sera pas opérationnelle avant 2035, donc avant la Coupe du monde de football coorganisée par le Royaume, l’Espagne et le Portugal.
C’est un vieux rêve qui prend de plus en plus forme. Formalisée pour la première fois en 1989, la construction d’un tunnel sous-marin reliant le Maroc et l’Espagne à travers le détroit de Gibraltar dans la Méditerranée a récemment franchi une nouvelle étape décisive. Début avril, l’étude technique réalisée par l’entreprise allemande Herrenknecht, pour le compte de la Société espagnole d’études du détroit de Gibraltar (Secegsa), gestionnaire du projet, confirme que celui-ci est techniquement réalisable.
Il est possible de forer le « Seuil de Camarinal »
Financé par des fonds européens à hauteur de 1,6 million d’euros, cette étude technique a examiné les défis géologiques majeurs de la zone, incluant l’activité sismique, les plaques tectoniques et les contraintes de forage à haute pression. Elle confirme qu’il est possible de forer le « Seuil de Camarinal », une crête sous-marine séparant la Méditerranée de l’Atlantique, malgré la complexité géologique du détroit et une profondeur maximale atteignant près de 500 mètres. Fort des conclusions de cette expertise, le ministère espagnol des Transports a confié à l’entreprise publique Ingeniería y Economía del Transporte l’élaboration du plan détaillé du premier tunnel.
Le tunnel sous-marin comprendra trois galeries parallèles et une transversale
Pour rappel, le tunnel sous-marin entre l’Afrique et l’Europe reliera Punta Paloma, près de Tarifa (Espagne), à Punta Malabata, aux abords de Tanger (Maroc). D’après les estimations de précédents rapports, il atteindra une profondeur maximale de 475 mètres et s’étendra sur 65 kilomètres, dont 40 en territoire espagnol. L’infrastructure comprendra trois galeries parallèles, dont deux réservées exclusivement au trafic ferroviaire de passagers et de marchandises et une troisième dédiée aux urgences. Une galerie transversale et une zone de stationnement sécurisée à un certain niveau sont également prévues.
Le projet nécessitera un financement de 8,5 milliards d’euros
Mais les ingénieurs ont définitivement écarté l’idée d’une circulation pour les véhicules particuliers. Ils étudient toutefois une connexion directe au réseau ferroviaire via la ligne Cadix–Séville et un embranchement vers Algésiras. Côté coût, ce projet gigantesque nécessitera un financement pharaonique, de l’ordre de 8,5 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 60 millions déjà investis en études depuis les années 1980. En mars 2026, l’exécutif espagnol a apporté une enveloppe supplémentaire de 1,73 million d’euros pour poursuivre les études d’ingénierie.
Le tunnel sous-marin ne sera pas prêt avant la Coupe du monde 2030 coorganisée par le Maroc
Maintenant que la faisabilité technique est confirmée et des financements avancés, une campagne de recherche en mer devrait débuter d’ici juin 2026 pour modéliser les fonds marins en 3D. Une fois l’opération terminée, la phase préliminaire de creusement démarrera dans les plus brefs délais et s’étalera sur une période de six à neuf ans. Par conséquent, le tunnel ne sera pas prêt avant la Coupe du monde 2030 coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Cette édition historique célébrera le centenaire de la compétition, avec des matchs inauguraux qui se tiendront également en Uruguay, en Argentine et au Paraguay.
Le tunnel sous-marin transportera plus de 12 millions de personnes et de marchandises par an
Si un lancement avant la Coupe du monde aurait été bénéfique, l’infrastructure n’a pas été envisagée uniquement pour le transport de supporters de foot. Elle vise avant tout à faciliter le déplacement des personnes (environ 12,8 millions par an) et des marchandises (13,13 millions de tonnes par an), avec un voyage en seulement 30 minutes. La galerie sous-marine servira en outre de corridor pour des câbles énergétiques et de télécommunications comme dans le Tunnel sous la Manche. Enfin, elle doit interconnecter les réseaux ferroviaires des deux pays, qui disposent déjà de lignes à grande vitesse.



