En Russie, Vladimir Poutine vient de signer une loi qui permet d’effacer les dettes financières des nouvelles recrues dans l’armée russe. Cette proposition s’ajoute à plusieurs autres mesures incitatives déjà en place, dont les salaires mirobolants et les primes d’encouragement. Mais suffiront-elles à regonfler les rangs d’une armée en difficultés en Ukraine depuis plusieurs mois ?
Que ne ferait pas Vladimir Poutine pour continuer sa guerre en Ukraine ? Le président russe a récemment signé une loi qui permet d’effacer les dettes financières des nouvelles recrues dans l’armée russe. Cette faveur s’adresse aux citoyens qui ont signé un contrat avec l’armée à partir du 1er mai 2026, pour une période d’au moins un an. Le Kremlin est prêt à effacer jusqu’à 10 millions de roubles (environ 120.000 euros) pour chaque nouveau soldat, si la dette était déjà en cours de recouvrement judiciaire au moment de l’intégration à l’armée russe.
Un possible effacement des dettes des membres de la famille et du conjoint
La loi prévoit également un possible effacement des dettes des membres de la famille et du conjoint de la personne s’étant nouvellement engagée dans les forces russes. Elle projette par ailleurs la résiliation des obligations de crédit des militaires contractuels et de leurs familles en cas de décès au front ou de blessures graves. Ces mesures incitatives sont une nouvelle illustration des efforts financiers que le Kremlin est prêt à consentir pour recruter de nouveaux soldats à envoyer en Ukraine, dans le cadre de sa guerre d’invasion qualifiée d’« opération militaire spéciale ». Une opération si spéciale qu’elle dure désormais depuis plus de quatre ans (depuis le 24 février 2022).
Vladimir Poutine a signé une loi similaire à l’automne 2024
Vladimir Poutine a déjà signé une loi similaire, à l’automne 2024, proposant d’annuler les dettes des personnes ayant signé un contrat avec l’armée russe après le 1er décembre 2024. Le président russe propose des salaires mirobolants, des primes d’encouragement, des récompenses financières en cas de bravoure sur le front et des indemnités forfaitaires d’environ 5 000 euros, alors que le salaire minimum en Russie s’élève à environ 300 euros mensuels. Dans une économie de guerre, le soldat est devenu l’actif le plus utile…
La Russie recrute-t-elle à tour de bras pour combler ses pertes au front ?
Malgré ces faveurs, ça ne se bouscule pas aux portes des casernes, même dans les régions les plus pauvres de Russie. Et pour cause : l’enrôlement dans l’armée peut signifier un aller simple pour l’Ukraine. Plusieurs rapports, notamment britanniques, font part d’énormes pertes dans les rangs des forces russes, jusqu’à 500 000 soldats tués depuis le début de la guerre en Ukraine. Si Moscou rejette ces chiffres, ses fréquentes promesses financières pour recruter de nouveaux soldats trahissent ses mensonges. On ne peut pas courtiser autant les Russes pour intégrer l’armée si on n’a pas perdu beaucoup de militaires, à moins que le Kremlin ne se prépare à une nouvelle invasion.
Les prisonniers contraints de s’engager pour recouvrer leur liberté
Vladimir Poutine a tellement besoin de recrues (que certains pourraient appeler « de la chair à canon », à juste titre) que les conscrits ne lui suffisent plus. Il s’intéresse aussi aux prisonniers, contraints d’aller sur le front pour recouvrer leur liberté. Mais là encore on ne se bouscule pas. Depuis 2022, plus de 23 000 prisonniers seraient morts sur les 180 000 enrôlés. Le chemin de la liberté se transforme donc en celui de la mort. L’armée russe investit aussi les universités, pour écourter les études. Elle fait des ponts d’or aux jeunes étudiants, en particulier ceux inscrits dans les filières technologiques pour former notamment des spécialistes de drones, un secteur où excellent les Ukrainiens.
Des mercenaires africains et des soldats nord-coréens à la rescousse
On se souvient en outre que la Russie a dû faire appel aux Nord-coréens pour libérer la région de Koursk, occupée par l’armée ukrainienne pendant plusieurs semaines à l’automne 2024. On n’oublie pas, non plus, qu’elle recrutait jusqu’à récemment des Africains sur les réseaux sociaux, principalement Telegram. Si certains se portaient volontaires pour fuir la misère dans leur pays, d’autres devenus mercenaires sans le vouloir. Ils ont été dupés. Croyant notamment se rendre en Russie pour étudier, ils ont été envoyés en première ligne au front dès leur arrivée.
N’est-il pas temps pour Vladimir Poutine de mettre fin à la guerre en Ukraine ?
Ces « rapts » de citoyens africains ont fait grand bruit sur le continent. Certains pays, comme le Kenya et l’Afrique du Sud, ont demandé des explications aux autorités russes, qui ont promis d’y mettre fin. Quoiqu’il en soit, ces pratiques de la Russie prouvent à satiété que « l’opération spéciale » n’est plus une partie de plaisir face au courage et à la résistance ukrainienne. L’armée russe n’a pratiquement pas avancé depuis février 2024. Ses possessions actuelles sont largement celles de 2014. Il y a donc eu des morts pour rien. N’est-il pas temps de mettre fin à cette guerre ?


