Depuis plusieurs mois, l’Algérie produit ses propres puces électroniques en utilisant la technologie de 65 nanomètres (nm). Si nous sommes encore très loin de ce que font les leaders mondiaux (gravure à 2 ou 3 nm), le pays entre tout de même dans la cour des grands. Seuls quelques Etats réalisent cette prouesse dans le monde. Pour Alger, c’est une nouvelle ère, marquant le début d’une souveraineté numérique ambitieuse. Mais il va falloir faire mieux.
On croyait la gravure de semi-conducteurs étrangère à l’Afrique. Pourtant, l’Algérie a relevé ce défi immense. En effet, le pays fabrique désormais des puces électroniques via le centre Centre de Développement des Technologies Avancées (CDTA) de Baba Hassen – commune de la wilaya d’Alger – qui a ouvert une ligne de production à 65 nanomètres (nm) en avril 2025. Destinées aux cartes Chifa, ces puces ont été entièrement conçues par des chercheurs nationaux. Elles remplacent une partie des composants importés.
Des puces électroniques pour une souveraineté industrielle, sécuritaire et numérique
Selon le CDTA, la fabrication des puces de 65 nm par l’Algérie constitue une étape décisive vers la maîtrise des circuits intégrés ou microprocesseurs. Elle permettra de garantir la numérisation efficace, rapide et surtout de plus en plus sécurisée de l’économie nationale. Mais le projet n’est pas qu’industriel et sécuritaire, il est également politique et géopolitique.
En effet, Alger peut désormais se targuer d’assurer la protection des données de ses citoyens détenteurs des cartes Chifa, les cartes d’assurance maladie de la sécurité sociale en Algérie. Ces données ne seront plus visibles des fabricants étrangers. Le pays montre aussi qu’il change de statut, passant de simple consommateur de technologie à celui de détenteur de propriété intellectuelle. Ce qui lui permet d’asseoir une souveraineté numérique longtemps rêvée.
Des partenariats avec SATIM et ENIE
Le CDTA a déjà signé une convention stratégique avec la Société d’Automatisation Interbancaire (SATIM), l’opérateur central du système de paiement en Algérie, pour intégrer ces puces dans le système de paiement national. Objectif : renforcer la cybersécurité et la souveraineté numérique de l’Algérie. Le laboratoire a également conclu un partenariat avec le Complexe National ENIE, pour déployer ces composants dans plusieurs secteurs, dont les télécommunications, l’automobile, la santé, la sécurité et l’électroménager. Ce n’est pas tout. Le CDTA annonce qu’une dizaine de pays souhaitent bénéficier de son expertise à Baba Hassen.
Les géants mondiaux fabriquent des puces électroniques de 2 nm
Si l’on peut être très content de voir l’Algérie produire elle-même des puces électroniques, il faut quand même noter que le pays reste loin de ce que font les leaders mondiaux. Notamment TSMC (Taïwan), Samsung Electronics (Corée du Sud), SMIC (Chine) Nvidia ou Intel (Etats-Unis), qui produisent des circuits à 2 ou 3 nanomètres. L’écart est donc abyssal.
Alors pourquoi le CDTA se contente-t-il de graver du 65 nm ? N’a-t-il pas les moyens ou les capacités de descendre plus bas ? Notons que plus le chiffre est bas, plus la puce est performante, rapide et économe en énergie. On peut alors l’utiliser dans les secteurs très exigeants comme les objets connectés (IoT), l’industrie automobile, l’électronique de défense, les systèmes embarqués pour l’aéronautique et la recherche scientifique avancée.
L’Algérie peut techniquement descendre à 13 nm
Interrogé sur ce choix de se limiter à 65 nm, le CDTA répond que les puces à 65 nm restent le socle des industries aujourd’hui fortement présentes en Algérie, comme l’automobile, les équipements médicaux, les systèmes industriels et l’électroménager. Ces secteurs, souligne-t-il, privilégient la robustesse et la stabilité à la miniaturisation extrême.
Le laboratoire affirme toutefois qu’il peut aller techniquement plus bas dans ses recherches, jusqu’à l’échelle des 13 nm, mais qu’il a choisi de s’arrêter pour l’heure aux 65 nm en raison du coût prohibitif que cela engendrerait. Mais c’est déjà une bonne nouvelle. Et rappelons-nous que c’est en forgeant qu’on devient forgeron.



