Maghreb : une fécondité historiquement basse

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Selon une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), organisme français, le taux de fécondité au Maghreb a atteint un niveau historiquement bas. Il est passé de 7 à 8 enfants par femme dans les années 1970 à moins de 2 enfants aujourd’hui en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Ce recul redessine inévitablement la pyramide des âges et freine la croissance démographique globale dans ces trois pays.

Après avoir connu une fécondité parmi les plus rapides et les plus élevées au monde, le Maghreb entre dans une phase de régression. D’après une étude publiée mercredi par l’Institut national d’études démographiques (Ined), un établissement public français spécialisé dans les recherches en démographie, le nombre de naissances s’est effondré ces dernières années en Afrique du Nord. Il est passé de 7 à 8 enfants par femme dans les années 1970 à moins de 2 enfants aujourd’hui.

Le taux de fécondité de la Tunisie plus bas que celui de la France

Au Maroc, le taux de fécondité était de 1,97 enfant par femme en 2024, en Tunisie de 1,53 et en Algérie de 2,61 enfants par femme. À titre de comparaison, il atteignait en France 1,62 enfant par femme en 2025. Sur ces trois dernières décennies, l’Algérie a toutefois connu un rebond entre les années 2000-2017 avec plus de 3 enfants par femme. Idem pour la Tunisie, qui a enregistré 2,4 enfants par femme en 2014, avant de repartir à la baisse. Le Maroc, lui, se distingue par une chute continue mais lente de son indice de fécondité depuis les années 90.

Les femmes font de plus longues études et se marient plus tardivement

Ce déclin surprenant de la fécondité au Maghreb s’explique par plusieurs facteurs socio-économiques. On note d’emblée que les jeunes, et particulièrement les jeunes femmes, font davantage de longues études et intègrent le marché du travail plus tardivement qu’il y a deux décennies. Dans les trois pays observés, il y a ainsi une importante féminisation de l’éducation et de l’enseignement supérieur. En Tunisie, par exemple, les femmes de 25-34 ans représentent désormais près de 60 % des étudiants, d’après les statistiques de l’INS de 2025. Cet allongement des études ne favorise pas les mariages, et donc l’enfantement.

Un recours de plus en plus massif aux méthodes contraceptives

Le second facteur est le recours de plus en plus massif aux méthodes contraceptives. Aujourd’hui, 71 % des Marocaines mariées utilisent des contraceptifs, contre autour de 50 à 55 % pour les Algériennes et les Tunisiennes (après avoir été de 60 à 65% au début des années 2000). Parmi les méthodes les plus utilisées figurent la pilule, le stérilet, le contraceptif ­injectable, l’implant et la stérilisation, option plus radicale. Les moyens traditionnels comme l’abstinence périodique déclinent en parallèle.

L’Ined relève en outre une évolution des normes familiales. Dans les sociétés maghrébines, comme ailleurs dans le monde, la parentalité devient un projet finement planifié. On prépare l’avenir de l’enfant avant sa naissance. On veut s’assurer qu’il ait la meilleure scolarité, les meilleurs soins de santé et même une épargne pour se prendre en charge à la majorité.

Une migration plus importante pour combler la baisse de la fécondité ?

L’Ined constate que ce recul de la fécondité redessine la pyramide des âges et freine la croissance démographique globale du Maghreb. En effet, le nombre de personnes âgées de soixante ans et plus augmente progressivement, même s’il est encore mineur. En 2024, la part des seniors s’élevait à 13,8 % au Maroc, à 17 % en Tunisie et à 10,5 % en Algérie.

Cette cadence de vieillissement va s’accélérer de manière automatique au cours des prochaines années, annonce l’Ined. Ce qui va poser problème : le solde naturel (différence entre le nombre de naissances et de décès) deviendra négatif. Par conséquent, la population ne pourra plus croître ou se stabiliser qu’au prix de la migration, comme en Europe. Or les flux migratoires restent très bas au Maghreb.