Alors que le régime Tayibate s’étend au Maghreb et dans le monde arabe, un conseiller parlementaire marocain alerte sur les dangers que représente cette habitude alimentaire pour la santé publique. Il exhorte le gouvernement à engager des campagnes nationales de sensibilisation et à mobiliser l’ensemble des départements concernés pour mieux protéger les citoyens contre les informations susceptibles de compromettre leur santé.
Lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, le lundi 13 juillet, le conseiller parlementaire du Rassemblement national des indépendants (RNI) Mohamed Ben Fkih a attiré l’attention du gouvernement sur le « régime des Tayibate », qui mettrait en danger la santé des Marocains. L’élu juge vital de protéger le consommateur contre « l’offensive » menée autour de ce régime alimentaire, qu’il qualifie de « doctrine néfaste ».
Deux catégories d’aliments existent dans le régime Tayibate, les « bons » et les « mauvais »
Le « régime des Tayibate » est un programme alimentaire popularisé sur les réseaux sociaux par le médecin égyptien Diaa Al Awadi. Il divise les aliments en deux catégories, selon leurs bienfaits supposés sur l’équilibre hormonal. D’une part les « bons » (Tayibate), catégorie dans laquelle on retrouve les viandes rouges, les graisses animales (beurre, ghee), le miel, l’huile d’olive, le riz, le sucre, certains fruits (pommes de terre, dattes) et fromages. D’autre part les « nocifs » (Khabath), parmi lesquels figurent le poulet, les œufs, les produits laitiers, la plupart des légumes, le blé et les féculents.
Le régime Tayibate utilise le champ lexical du coran pour gagner des adeptes
Le régime Tayibate prescrit également de ne manger qu’en cas de faim réelle et de s’arrêter avant la satiété, ainsi que de boire de l’eau uniquement si on a soif. Initialement cantonné à l’Égypte, il s’est largement répandu dans le Maghreb et dans le monde arabe en quelques mois, grâce aux réseaux sociaux viraux comme TiKTok. Ce programme a pu séduire de nombreuses personnes parce qu’il utilise le champ lexical coranique. Il s’ancre ainsi dans un registre moral et spirituel. Sans surprise, la tendance a interpellé les autorités sanitaires des pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie.
Le Dr Al Awadi disait que le tabac n’est pas nocif et que le sucre n’est pas dangereux
Le 3 mais 2026, l’Égypte a sonné l’alarme, en imposant un black-out médiatique complet sur tous les contenus liés au Dr Al Awadi. Aussi, le ministère de la Santé égyptien et le Syndicat des médecins ont averti que les conseils nutritionnels de ce médecin pouvaient être préjudiciables à la santé publique et représenter une menace directe pour la vie des citoyens.
Le Dr Awadi affirmait notamment dans des vidéos que le tabac n’est pas nocif, que l’insuline est une fraude et que le sucre n’est pas dangereux. Il déclarait également que son régime pouvait guérir des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou le cancer. Ce qui a poussé des patients à stopper leurs traitements médicamenteux, provoquant parfois de graves complications, voire des décès.
Le Dr Diaa Al Awadi est décédé prématurément d’un arrêt cardiaque
Ironie du sort, le Dr Diaa Al Awadi est décédé prématurément d’un arrêt cardiaque à Dubaï, le 19 avril 2026, à « seulement » 47 ans. Ce qui a renforcé les débats sur la dangerosité de ses recommandations. Les autorités égyptiennes notent qu’il n’existe aucun essai clinique ni donnée publiée dans une revue à comité de lecture soutenant les affirmations de ce médecin. Et quand elles lui ont demandé des preuves scientifiques, il a simplement répondu que « dans l’avenir ses règles seront démontrées ».
Pour ceux et celles qui s’entêteraient à appliquer ses prescriptions, le ministère égyptien de la Santé prévient que la suppression des aliments interdits par Al Awadi les expose à des carences sérieuses, en particulier dans certaines franges de la population déjà fragilisées par une insécurité alimentaire.
La prolifération du régime Tayibate traduit une dérive plus large concernant l’accès à une information fiable sur Internet
Les autorités égyptiennes notent par ailleurs que l’auteur du protocole avait monté un projet commercial parallèle pour vendre à son public des produits censés être « Tayibat ». Selon elles, c’est un schéma classique des bonimenteurs : répandre la peur, puis créer « la solution » pour la vendre. « Je n’aurais jamais imaginé que le citoyen marocain finirait par avoir peur de manger du poulet ou des œufs », s’étonne Mohamed Ben Fkih. Pour l’élu, cette multiplication de conseils non fondés sur la science traduit une dérive plus large concernant l’accès à une information fiable sur Internet. « Chacun se permet désormais de donner son avis sur la santé des citoyens », a-t-il regretté.
« Les lois existent », il faut les appliquer
Interpellé par le conseiller parlementaire, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a reconnu que la question dépassait les seules compétences de son département et qu’elle relevait d’une responsabilité partagée entre plusieurs institutions. S’agissant de la protection des consommateurs, il a rappelé qu’un projet de loi avait été déposé au Secrétariat général du gouvernement il y a près de deux ans et devait être transmis au Conseil de la concurrence. En attendant, le ministre plaide pour une politique de contrôle plus rigoureuse, accompagnée d’une application stricte des dispositions légales permettant de sanctionner les auteurs de contenus susceptibles de porter atteinte à la santé des citoyens. « Les lois existent », a-t-il rappelé.


