L’Arabie Saoudite a annoncé lundi un investissement de 6 milliards d’euros en France, pour la construction de trois parcs à thème à Paris. Ce nouveau projet dans le divertissement s’ajoute à des dizaines d’autres initiatives dans des domaines divers comme le sport, l’e-sport, l’intelligence artificielle, les mangas et la culture. Tous ces investissements illustrent la volonté du Royaume sunnite de diversifier son économie, encore largement dépendante du pétrole, mais aussi de redorer son image de pays autoritaire.
Le lundi 24 août, le président français Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane ont signé un protocole d’accord pour la création de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise (Île-de-France). Ce projet bénéficiera d’un investissement de 6 milliards d’euros, et comprendra aussi la construction de logements, d’hôtels et de restaurants. Il est intervenu au lendemain de la finale de l’Esports World Cup organisé à Paris et remporté par le club chinois All Gamers. Cette compétition mondiale était organisée auparavant en Arabie Saoudite.
L’Arabie Saoudite fait du divertissement l’un des piliers de sa stratégie d’influence
Ces deux initiatives témoignent de la volonté de Mohammed ben Salmane de faire du divertissement l’un des piliers de la stratégie d’influence de Riyad. Entre 2025 et 2026, le fonds souverain saoudien, le PIF (Public Investment Fund), a déjà mené de grosses opérations financières dans l’industrie vidéoludique. Pour 55 milliards de dollars, il a acquis Electronic Arts, l’éditeur des licences EA Sports FC, Battlefield, Les Sims ou encore Apex Legends.
Mais il n’y a pas que les jeux et les parcs d’attractions. Soucieux de rattraper ses concurrents du Golfe, le Qatar et les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite s’est aussi massivement engagée dans le sport, toujours par l’intermédiaire du PIF. Elle a notamment acquis le club anglais de Premier League Newcastle United et a beaucoup investi dans son championnat national pour attirer des stars en fin de carrière comme Cristiano Ronaldo.
L’Arabie Saoudite finance aussi les sports méca, l’IA et la culture
Désormais, Riyad souhaite organiser des Jeux Olympiques, d’été comme d’hiver, ainsi qu’une Coupe du Monde de football à l’instar du Qatar en 2022. Outre le football, le pays s’intéresse également aux sports mécaniques, comme le Grand Prix de Formule 1 (il existe un GP d’Arabie Saoudite depuis 2021). Hors sports, Mohammed Ben Salmane dépense sans compter dans les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle en premier pour en devenir un véritable hub. Par ailleurs, le Royaume conservateur investit dans la culture, y compris occidentale, à travers des concerts donnés par de grandes stars comme Céline Dion et Justin Bieber. Il a aussi procédé à l’ouverture de plusieurs musées.
Des investissements dans le cadre du plan Vision 2030
Evoquons enfin le tourisme. Riyad a lancé des projets pharaoniques pour développer l’attractivité de l’Arabie Saoudite : hôtels de luxe, tours immenses miroitants, complexes balnéaires, etc. Le pays travaille parallèlement sur la « ville du futur » NEOM construite dans le désert à 170 kilomètres au nord-ouest de la capitale, et qui doit à terme devenir l’une des vitrines touristiques et technologiques du Royaume. Tous ces projets s’inscrivent dans le plan Vision 2030, un programme ambitieux visant à diversifier une économie saoudienne encore très dépendante de la rente pétrolière. L’or noir représente environ 35 % à 40 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et près de 60 % à 70 % de ses recettes budgétaires et d’exportation.
Ces projets n’ont pas qu’un objectif économique, mais aussi politique
Or ce carburant, si critiqué pour sa contribution aux émissions de CO2 et au réchauffement climatique, doit un jour ou l’autre tarir. Selon les estimations des experts, les réserves mondiales de pétrole brut géologiques devraient s’épuiser d’ici environ 40 à 50 ans au rythme de consommation actuel, soit autour des années 2065 à 2070. Dans ce contexte, il faut bien préparer l’après pétrole quand on est membre de l’OPEP. Mais les projets tous azimuts dans le divertissement, le sport et le tourisme ne sont pas qu’économiques dans un Etat connu pour son rigorisme religieux et son autoritarisme.
L’Arabie Saoudite prouve qu’avec l’argent on se fait toujours des amis
En effet, l’Arabie Saoudite espère aussi redorer son image écorchée par tant de violations des droits de l’Homme. On se rappelle notamment de l’assassinat en 2019 du journaliste Jamal Khashoggi à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Le Royaume sunnite est aussi critiqué pour ses nombreuses exécutions. En 2024, Amnesty International a enregistré 345 victimes de la peine de mort dans le pays, avec plus de la moitié pour des accusations de drogue. Si certains Etats comme l’Iran sont devenus des parias auprès de l’Europe et des Etats-Unis pour une leur répression, l’Arabie Saoudite fait figure d’exception aux côtés du Qatar et des Emirats Unis. La preuve que l’argent n’a pas d’odeur…



