En Irak, Nokia se renforce en terrain miné

International Moyen-Orient

Le 15 novembre dernier, Nokia a annoncé avoir tissé un partenariat avec Earthlink Telecommunication, l’un des principaux fournisseurs d’accès internet irakien. À terme, l’objectif de cette nouvelle alliance est de fournir un internet haut-débit à 3,5 millions de personnes et d’accélérer la transition numérique dans le pays. Si le marché est porteur et stratégique, le secteur des télécommunications en Irak est aussi miné et traîne avec lui une longue histoire de malversations et de corruption.  

Entre 2019 et 2020, le nombre d’internautes en Irak a grimpé de 55 % soit, en tout et pour tout, 11 millions de personnes, selon les données de DataReportal. Une progression fulgurante pour un pays qui subit encore les conséquences d’une décennie de guerre, de destruction et d’effondrement de l’État. En 2002, le pays ne comptait ainsi que 25 000 personnes avec un accès à internet, contre 30,52 millions d’internautes en janvier 2021. Le tout, sur une population globale estimée à 40,22 millions de personnes. Dans les années à venir, le marché devrait continuer à croître en quantité, mais surtout en qualité avec l’attente, chez les internautes irakiens, de nouveaux services et d’un internet à plus haut débit.

L’Irak mène en effet une politique active pour mener à terme sa transition numérique, notamment depuis la crise du Covid-19, qui a mis en lumière les défaillances du pays dans le domaine. En juin dernier, une rencontre bilatérale entre les ministres des Communications égyptiens et irakiens a permis de faire émerger une coentreprise destinée à piloter les projets de transformation numérique en Irak. Après le Liban, l’Égypte a ainsi vocation à apporter une aide opérationnelle à la transition numérique en Irak dans le domaine des infrastructures télécoms, de la transformation numérique, des services postaux ou encore de la cybersécurité.

Fournir le haut débit à 3,5 millions d’Irakiens

Earthlink Telecommunication, l’un des plus gros acteurs du marché irakien, fournit actuellement 5 200 hotspots de Wi-Fi publics dans le pays. Avec Nokia, l’objectif est de fournir 60 nouveaux nœuds pour permettre l’accès au haut-débit à 3,5 millions d’Irakiens. Le géant finlandais aspire ainsi à installer un réseau d’une capacité de 100 gigabits, pouvant facilement grimper à 400 gigabits, si besoin. Le déploiement d’un accès haut-débit dans le pays permettra aussi l’émergence de nouveaux services, comme la FTTx, qui consister à amener la fibre optique au plus près de l’utilisateur, l’internet des objets ou encore l’IPVT, un service permettant de recevoir la télévision via internet.

Nokia est déjà implanté en Irak. Il y’a un an, le géant finlandais avait été mandaté pour fournir et installer des routeurs IP pour l’une des principales sociétés publiques d’information et de télécommunication. L’été dernier, un partenariat avec Asiacell Telecom, un opérateur kurde désormais présent dans tout le pays, a été renforcé avec pour objectif l’optimisation du réseau d’Asiacell dans le pays d’une part et la modernisation de 3 000 liaisons réseau à travers le pays.

Un terrain miné

Le secteur des télécommunications en Irak est particulièrement sensible et complexe. Plus particulièrement du fait d’une corruption endémique qui touche la quasi-totalité de l‘économie du pays. Selon l’ONG Transparency International, l’Irak est classé à la 160e place des pays les plus corrompus du monde, à des niveaux proches de l’Afghanistan ou du Congo. Après avoir tenté, sans succès, la voie diplomatique, le groupe Orange est d’ailleurs actuellement dans une procédure d’arbitrage international avec l’Irak, après avoir été « exproprié » de 400 millions de dollars pour un investissement dans Korek Telecom, le troisième opérateur du pays. La Commission nationale irakienne des communications et des médias (CMC), le régulateur du secteur avait en effet privé, à la fin de l’année 2013, Orange et son partenaire d’affaires Agility — qui possédaient 44 % des parts dans le cadre d’une joint-venture — de son investissement dans Korek.

Une décision qui cachait, selon le journal français Libération et le magazine anglais Financial Times, un vaste réseau de corruption et des liens d’intérêts troubles au sein desquels se trouvait notamment Raymond Rahmeh, un homme d’affaires libanais et directeur général de Korek, propriétaire d’une maison à Londres, dans laquelle aurait logé le directeur de la CMC. Un destin funeste pour Orange et Agility auquel pourrait vraisemblablement échapper Nokia qui n’a pas pris de participation dans des groupes locaux, mais amené avec lui ses propres routeurs et offres de service.

La corruption en Irak fait descendre, depuis le 1er octobre 2019, régulièrement le peuple irakien — notamment les plus jeunes — dans les rues des principales villes du pays. Une situation qui concerne aussi le Kurdistan irakien, d’où des milliers de personnes partent chaque mois pour tenter d’émigrer en Europe. La corruption pèse en effet sur l’ensemble du pays, en faisant notamment fuir une grande partie des investisseurs potentiels.