À quelques semaines de l’expiration du protocole de pêche entre la Mauritanie et l’Union européenne, Bruxelles et Nouakchott poursuivent leurs discussions pour tenter de parvenir à un nouvel accord. Les négociations restent délicates, notamment en raison des divergences sur les conditions d’accès aux ressources halieutiques et sur la contrepartie financière.
La Mauritanie et l’Union européenne ont annoncé cette semaine la poursuite des discussions pour renouveler leur accord de partenariat dans le domaine de la pêche, à quelques semaines de l’expiration du protocole actuel. Le commissaire européen à la Pêche et aux Océans, Costas Kadis, a évoqué de nouveaux contacts avec son homologue mauritanien, après un échange de lettres qui n’a pas permis de résoudre les questions encore en suspens. Bruxelles considère ce renouvellement comme une priorité, notamment en raison de son importance pour certains segments de la flotte européenne.
L’accord de pêche permet aux navires européens de remonter 280 050 tonnes de poissons par an
Signé en 2021, le protocole en vigueur encadre l’accès européen aux eaux mauritaniennes et prévoit en contrepartie un soutien au développement de la politique nationale de pêche. Il permet actuellement à des navires de dix pays européens, dont l’Espagne, la France, le Portugal et l’Italie, de pêcher différentes espèces dans les eaux de la Mauritanie. L’accord vise un volume de 280 050 tonnes par an pour les crustacés, poissons démersaux, thons et petits pélagiques. L’Union européenne a besoin en moyenne de 10 millions de tonnes de poissons et de fruits de mer chaque année pour répondre à sa consommation globale
« Ces accords sont très importants pour nous, mais aussi pour les pays bénéficiaires de ceux-ci »
Bien plus dépendante des ressources halieutiques mauritaniennes, l’Espagne a demandé à la Commission européenne d’intensifier les négociations avec Nouakchott pour le renouvellement de l’accord de pêche, qui expire à la mi-novembre prochaine. Madrid craint que sa flotte, et plus largement la flotte européenne, ne soit exclue de ce banc de pêche africain. « Ces accords sont très importants pour nous, mais aussi pour les pays bénéficiaires de ceux-ci, car nous ne parlons pas seulement de pêche durable, mais également d’aide financière et d’éléments qui, je pense, sont très importants », fait valoir le ministre espagnol de l’Agriculture et de la Pêche, Luis Planas.
Les organisations de pêche européennes mettent la pression sur Bruxelles pour renouveler l’accord rapidement
En septembre dernier, l’organisation patronale de la pêche européenne, Europêche, et la Fédération européenne des travailleurs du transport (ETF), qui représente les pêcheurs de l’Union, ont exigé de Bruxelles le renouvellement urgent de l’accord de pêche avec la Mauritanie ou, à défaut, une prolongation du protocole actuel. Ces acteurs veulent éviter que l’accès aux eaux mauritaniennes ne soit restreint pour la flotte européenne, en particulier espagnole, qui comprend des navires d’Andalousie, de Galice, des Canaries et du Pays basque.
La Mauritanie rappelle que la pêche occupe une place majeure dans son économie et son alimentation
Mais la volonté affichée des Européens de parvenir à un nouvel accord achoppe sur deux questions sensibles : le montant de la contrepartie financière et l’accès de la flotte européenne à certaines ressources halieutiques. La Mauritanie rappelle que la pêche occupe une place majeure dans son économie et son alimentation, ce qui rend indispensable la préservation des ressources marines. Elle entend par ailleurs concilier les revenus tirés de l’exploitation des ressources, les intérêts de sa flotte nationale et la protection des stocks pour améliorer les conditions de vie de ses citoyens dépendants de la pêche.
La Commission européenne croit avoir rempli les conditions pour un nouvel accord
Bruxelles soutient pour sa part que le partenariat actuel repose justement sur le principe d’une pêche durable et équitable. La Commission européenne note que l’accès des navires européens est conditionné aux évaluations scientifiques des ressources et à la nécessité de préserver les écosystèmes marins. Aussi, elle apporte une contribution financière annuelle de 60,8 millions d’euros, dont une partie est consacrée au développement durable du secteur de la pêche mauritanien. Une autre partie est dédiée à la surveillance, la lutte contre la pêche illégale et le renforcement des capacités scientifiques. Il va falloir désormais convaincre Nouakchott que le compte y est.



