La reprise des combats au Yémen fait craindre un embrasement du Moyen-Orient. Les affrontements entre les Houthis et les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite s’intensifient, tandis que plusieurs puissances étrangères renforcent leur implication. Entre rivalités régionales, menaces américaines et préparation du Hezbollah, le conflit pourrait dépasser les frontières yéménites.
Les hostilités ont repris en juillet entre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, et les forces du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, appuyées par Riyad. Mais les frappes réciproques de missiles et de drones se sont intensifiées ces derniers jours. Le week-end des 10 et 11 octobre, des attaques contre l’aéroport international de Riyad ont fait treize morts et des centaines de blessés, provoquant la suspension des opérations. En représailles, l’aviation saoudienne a frappé les principales villes aux mains des Houthis, dont Mocha et Sanaa, et ciblé les installations pétrolières des rebelles chiites, qui ont également visé des infrastructures du géant saoudien des hydrocarbures Aramco.
Le Pakistan et la Turquie, alliés de l’Arabie Saoudite ne souhaitent pas intervenir au Yémen
Au milieu des frappes de part et d’autre, les combats se poursuivent au sol, notamment autour de Taëz, où plus de soixante personnes ont été tuées en deux jours le weekend dernier. Pour Riyad, les opérations militaires visent à freiner les conquêtes houthies et à décanter la situation autour du détroit de Bab el-Mandeb. Face aux difficultés rencontrées au Yémen, l’Arabie saoudite tente désormais d’impliquer ses alliés. Un pacte de défense (ou pacte de la Mecque) a été conclu en août avec le Pakistan et la Turquie. Il prévoit une assistance mutuelle en cas d’agression. Islamabad a confirmé la présence de forces militaires sur le territoire saoudien, tout en précisant qu’elles avaient une mission défensive et ne participeraient pas directement aux opérations contre les Houthis. Quant à Ankara, son engagement opérationnel n’est visible nulle part.
L’Iran, parrain des rebelles houthis
Quoique formelle à ce jour, cette alliance pourrait néanmoins accroître les risques d’affrontement si les attaques contre le royaume se poursuivent et touchent les forces pakistanaises notamment. La colère ne serait d’ailleurs pas dirigée uniquement contre les Houthis, mais aussi contre l’Iran, parrain de la milice chiite. S’il gère son propre bras de fer avec les États-Unis dans le détroit d’Ormuz depuis plusieurs mois, Téhéran continue de soutenir son allié yéménite, notamment via la fourniture de capacités militaires liées aux missiles balistiques et aux drones. Aussi, il avait déjà averti les pays du Golfe qu’il frapperait leurs installations vitales en cas d’attaque américaine contre son territoire. Or l’armée américaine menace d’une reprise des hostilités en prétextant l’implication directe des Gardiens de la révolution au Yémen. Les risques d’une déflagration sont donc réels.
Donald Trump examine l’appel à l’aide saoudien au Yémen
Pour l’heure, Donald Trump étudie un renforcement de la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Le président américain examine également les demandes saoudiennes de soutien contre les Houthis, qui menacent de riposter « rapidement et douloureusement » à toute intervention américaine. Une entrée en guerre des États-Unis pourrait ainsi transformer le conflit yéménite en confrontation directe avec Téhéran. De son côté, le Hezbollah libanais affûte ses armes pour une éventuelle nouvelle guerre, selon L’Orient-Le Jour. Proche de l’Iran au sein de l’axe de la résistance, qui comprend également les Houthis, le Hamas et les Gardiens de la révolution iraniens, le mouvement chiite prend au sérieux les menaces israéliennes.
Benjamin Netanyahou et Donald Trump accusent l’Iran d’être impliqué dans le présumé attentat manqué de l’avion FlyDubai
Israël, hostile à Téhéran, donne l’impression de chercher à profiter d’une escalade au Yémen pour reprendre ses opérations contre le Hezbollah et les Houthis, qui ont déjà envoyé des missiles en direction de son territoire, en solidarité au Hamas à Gaza. Alors que les enquêtes sont toujours en cours, Benjamin Netanyahou a également évoqué une probable participation de l’Iran dans le présumé attentat manqué de l’avion FlyDubai, qui reliait Dubaï (aux Émirats arabes unis) et Tel-Aviv (en Israël) le 30 septembre dernier. Le Premier ministre israélien n’a apporté aucune preuve, tout comme Donald Trump qui a fait la même accusation. Encore un argument pour relancer la guerre contre la République islamique ?
Le conflit au Yémen pourrait bien devenir une crise régionale
Ces tensions croissantes autour du Yémen émergent sur fond de frictions maritimes dans les détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz. L’insécurité dans ces canaux stratégiques pour l’économie mondiale menace les approvisionnements énergétiques. Elle provoque des perturbations du trafic et alimente la hausse des prix des carburants. Les désagréments nés du blocus pourraient exacerber les tensions. Si les États-Unis, l’Iran, Israël et leurs alliés régionaux s’engageaient directement dans les hostilités, plusieurs fronts pourraient s’ouvrir simultanément. Le conflit, initialement centré sur le Yémen, risquerait alors de provoquer une crise régionale majeure aux conséquences économiques mondiales.



