Religion : Léon XIV, premier pape en Algérie

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Entre le 13 et 15 avril prochain, le pape Léon XIV se rendra en Algérie dans le cadre d’une tournée en Afrique. Ce sera le premier voyage d’un souverain pontife dans ce pays. Le chef du Vatican dit vouloir « poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman ». Sa visite intervient dans un contexte de restriction religieuse pour les chrétiens, en particulier les protestants, dont les églises restent fermées.

Entre le 13 et 15 avril prochain, le pape Léon XIV se rendra en Algérie comme annoncé en février. Ce sera la première visite d’un souverain pontife dans ce pays de 47 millions d’habitants à majorité musulman (islam malékite sunnite). Le chef de l’Eglise catholique a prévu une étape à Constantine, Annaba et Alger « pour visiter les lieux de vie de Saint-Augustin, mais aussi pour poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman ».

Léon XIV s’attardera à Annaba, anciennement Hippone

Issu de l’ordre des Augustins, le pape Léon XIV s’attardera à Annaba, anciennement Hippone, dont Saint-Augustin (354-430) fut évêque de 396 jusqu’à sa mort. Ce grand penseur de la chrétienté était originaire de l’actuelle région algérienne de Souk Ahras. Il a beaucoup voyagé sur le pourtour de la Méditerranée, principalement à Carthage (Tunisie) et Rome (Italie).

Ce va-et-vient entre l’Afrique du Nord et la péninsule italienne font de lui un homme au carrefour des civilisations. Durant son existence, il a constamment revendiqué «son africanité romaine», du fait de l’origine berbère de sa mère et de son attachement au continent africain. Mort à Hippone, assiégée par les Vandales, il repose à Pavie, en Italie. Plusieurs siècles après sa mort, il reste une référence du monde chrétien.

La réhabilitation de Saint-Augustin en Algérie

Son héritage a traversé une longue éclipse en Afrique du Nord, du fait principalement de l’invasion arabe. Il n’a été redécouvert que tardivement, mais avec un certain enthousiasme, même chez les non-chrétiens d’Algérie, en raison de ses racines. Les autorités ont multiplié les actions pour lui donner la place qu’il mérite dans la nation algérienne. Aujourd’hui, les écoliers algériens font sa connaissance dans les manuels scolaires.

Le président Abdelaziz Bouteflika a réhabilité cette figure du Catholicisme comme « enfant du pays » et symbole d’une Algérie réconciliée et ouverte. Il a aussi ordonné la restauration et la mise en valeur du site archéologique d’Hippone, à Annaba, reconnu comme son évêché. En outre, en 2001, un colloque international a été organisé par le Haut Conseil islamique autour du thème « saint Augustin : africanité et universalité ».

Une restriction progressive de la liberté religieuse dans le pays

Au-delà de Saint-Augustin, l’Algérie honore d’autres représentants de la chrétienté. Comme les martyrs de Tibhirine, béatifiés en décembre 2018 à Oran. Ces sept moines trappistes ont été assassinés en 1996 officiellement par le Groupe islamique armé (GIA). Si ces actions constituent des signaux de reconnaissance du christianisme dans le pays, elles n’inversent pas pour autant une tendance de fond : la restriction progressive de la liberté religieuse qui frappe les chrétiens.

En 2006, notamment, l’Etat algérien a adopté une ordonnance encadrant strictement l’exercice des cultes non musulmans. Cette loi a été durcie au fil des années, conduisant en 2017 à la fermeture de 47 églises protestantes. Il existe également des dispositions pénales réprimant le « prosélytisme », une pratique ancrée chez les protestants et évangéliques.

Léon XIV doit défendre la cause des chrétiens d’Algérie

Le pape Léon XIV effectue donc un voyage délicat. Mais il va falloir qu’il s’arme de courage pour porter la voix des quelque 144 000 chrétiens algériens. Il doit plaider leur cause auprès des autorités, notamment pour que celles-ci rouvrent les églises fermées. Le chef du Vatican sera certainement invité par les ONG à parler aussi des libertés individuelles, un sujet qui fâche toujours Alger.

Toutefois, soucieux d’améliorer son image diplomatique, le pouvoir pourrait se montrer réceptif aux plaidoiries du souverain pontife… Notons que la tournée du pape se poursuivra au Cameroun (à Yaoundé, Bamenda et Douala du 15 au 18 avril), en Angola (à Luanda, Muxima et Saurimo du 18 au 21 avril), et en Guinée équatoriale (à Malabo, Mongomo et Bata du 21 au 23 avril), des pays à majorité chrétiens.