Après plus de quinze années de désaccords politiques entre l’Est et l’Ouest, la Libye annonce une feuille de route prévoyant l’organisation simultanée d’élections présidentielle et législatives le 17 février 2027. Cet accord vise à relancer une nouvelle fois un processus destiné à réunifier les institutions du pays et à restaurer une légitimité politique nationale. Il intervient trois mois après la conclusion d’un accord sur un budget unifié.
Le Conseil présidentiel libyen a récemment annoncé la tenue d’élections législatives et présidentielle le 17 février 2027, pour tenter une nouvelle fois la réunification du pays. L’accord a été ratifié par les deux organes législatifs qui règnent sur la Libye. D’une part le Haut Conseil d’État siégeant à l’Ouest (Tripoli) et reconnu par les Nations unies. D’autre part la Chambre des représentants basée à l’Est (Benghazi), contrôlée par les forces du maréchal Khalifa Haftar, qui règne sur une grande partie de la Cyrénaïque ainsi que plusieurs régions du sud pétrolifères.
Vers un amendement de la Constitution de la Libye
La feuille de route présentée par le Conseil présidentiel libyen précise que les deux scrutins (législatives et présidentiel) seront organisés selon les règles édictées en 2023 par le Comité « 6+6 ». Celui-ci réunit à part égale des membres des deux autorités qui se partagent actuellement le pouvoir en Libye.
Le calendrier prévoit un amendement de la Constitution du pays afin de charger le président élu à l’issue du vote de 2027 de lancer un dialogue national. Il comprend aussi la mise en place d’un cadre constitutionnel et juridique nécessaire aux élections, la poursuite de l’unification progressive des institutions souveraines et la création d’un comité chargé de superviser le processus électoral. Celui-ci se composera du gouverneur de la Banque centrale, du président de la commission électorale, de représentants des autorités militaires et des services de sécurité de l’Ouest et de l’Est.
La Libye a déjà adopté un budget unifié plus tôt cette année
La feuille de route inclut en outre des réformes destinées à la protection des fonds publics, à la désignation en commun des titulaires de postes touchant à la souveraineté du pays, à la préparation d’un budget unique pour 2027 et à la mise sur le marché du pétrole libyen sous l’autorité unique de la compagnie nationale NOC.
Cette initiative intervient trois mois après la conclusion d’un accord sur la création d’un budget unifié, en avril 2026, sous l’égide du conseiller pour l’Afrique de Donald Trump, Massad Boulos. En mai, un autre accord a été annoncé sur la formation d’un gouvernement unifié. Cet exécutif est dirigé par Abdelhamid Dbeibah, le Premier ministre de l’Ouest libyen. De son côté, Saddam Haftar, le fils du maréchal Khalifa Haftar, occupe le poste de président du Conseil présidentiel, organe créé en 2021 lors de négociations menées par l’ONU.
L’annonce des élections communes suscitent de l’espoir, mais aussi de la prudence
Si l’annonce d’élections législatives et présidentielle communes suscitent beaucoup d’espoir dans la perspective d’une réunification des institutions du pays et une restauration de la légitimité politique nationale, elle doit être accueillie avec prudence. En 2021 déjà, l’organisation d’une élection présidentielle, prévue en fin de cette année-là, avait échoué en raison de désaccords persistants sur le cadre constitutionnel et les critères d’éligibilité des candidats.
Depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye souffre de profondes divisions. Elle est fracturée en divers mouvements armés, réunis sous deux pouvoirs rivaux. Une entente entre ces deux clans pourrait permettre aux Libyens de profiter enfin de leur printemps arabe inachevé.



