Fès a récemment annoncé une feuille de route pour devenir une ville intelligente dans les prochaines années. Cette mutation numérique globale est axée sur l’éclairage communicant, la mobilité optimisée et la préservation architecturale. D’ici la fin d’année, la capitale spirituelle du Maroc prévoit d’étendre la technologie LED à l’éclairage public, d’installer 1 500 caméras intelligentes pour renforcer la sécurité et d’ouvrir cinq lignes de bus à haut niveau de service pour transformer le paysage urbain.
Le conseil communal de Fès a récemment annoncé, lors d’une réunion avec des experts et décideurs, le lancement d’une feuille de route de ville intelligente. Ce plan ambitieux vise à moderniser les services publics par la numérisation et à promouvoir les énergies renouvelables, tout en sauvegardant l’identité de la cité patrimoniale. Abdeslam El Bekkali, président du conseil communal, a souligné la nécessité d’adopter les mutations technologiques mondiales comme l’intelligence artificielle pour améliorer le cadre de vie des citoyens.
De premières propositions pour faire de Fès une ville intelligente
Une table ronde a permis de dégager les premières recommandations pour la feuille de route de la smart city de Fès. Elle a notamment abordé les infrastructures requises pour la ville connectée, l’optimisation des transports par les algorithmes et la gestion numérique des réseaux électriques. Un second panel a mis l’accent sur la sobriété environnementale, le rôle des énergies renouvelables et la préservation du patrimoine historique. L’ensemble des propositions formulées posera les fondations d’une stratégie urbaine pragmatique et respectueuse de l’environnement. Une future réunion d’experts permettra de co-construire une vision d’avenir concertée et concrète, ainsi que d’échanger sur les solutions technologiques au bénéfice direct des usagers.
90% de l’éclairage public déjà équipé de la technologie LED
La feuille de route porte une attention particulière à l’éclairage public, placé au centre du dispositif de télégestion. Selon Hadaf Bennis, chef du service de l’éclairage public de Fès, les candélabres deviendront tous à termes des supports communicants capables de collecter et de transmettre des données de proximité. Cette modernisation du parc lumineux a déjà débuté. Actuellement, plus de 90% des installations sont équipées de la technologie LED. Le conseil communal veut atteindre une couverture intégrale du territoire urbain d’ici la fin de l’année 2026 ou, au plus tard, début 2027. Côté économie d’énergie, Fès note déjà une réduction de la consommation énergétique de 34% et vise 50% à l’horizon 2027.
Fès va construire une trame noire pour protéger la biodiversité
Pour protéger la biodiversité urbaine, la ville va construire une trame noire préservant des zones d’obscurité. Elle travaille aussi sur l’énergie solaire, avec 1 300 points lumineux autonomes déjà installés sur les 15 000 identifiés. En outre, la commune planche sur une gestion optimisée des transports et de la salubrité. Pour la mobilité, elle a lancé une réorganisation structurelle à travers le déploiement de lignes de bus à haut niveau de service (BHNS). Au moins cinq artères sont prévues pour compléter le réseau de transport en commun existant. De plus, des abribus interactifs permettront de fournir des informations en continu aux passagers et aux exploitants du réseau.
Étendre la numérisation des services publics au traitement des déchets
En outre, Fès va étendre la numérisation des services publics au traitement des déchets, via l’adoption d’outils de gestion de maintenance assistée par ordinateur, de systèmes de localisation par satellite et d’identification par radiofréquence. Ainsi, les futurs conteneurs connectés notamment signaleront leur niveau de remplissage pour fluidifier les circuits de collecte et le balayage mécanique. Quant aux eaux usées traitées par la station d’épuration locale, elles ne seront plus rejetées dans le milieu naturel. Un réseau d’irrigation écologique en phase de construction permettra de les réutiliser dans l’arrosage des espaces verts, aménagés récemment sur le territoire communal.
1 500 caméras intelligentes pour renforcer la vidéosurveillance
Par ailleurs, Fès planifie l’intégration des technologies informatiques pour la sécurisation de l’espace public. Il existe déjà un programme de vidéosurveillance. Mais celui-ci va se renforcer par l’utilisation de dispositifs intelligents. Le conseil communal annonce que 700 caméras seront opérationnelles d’ici la fin du mois d’août 2026, dont 300 unités dédiées spécifiquement à la surveillance de la Médina, la plus grande zone piétonne et le plus vaste labyrinthe médiéval du monde arabo-musulman. En 2027, le maillage dépassera 1 500 caméras pour préparer les infrastructures à l’accueil de la Coupe du monde de football 2030, co-organisée avec le Portugal et l’Espagne.
Fès dispose des prérequis techniques et infrastructurels pour évoluer vers une ville intelligente
Au cours d’une table ronde, l’expert italien Paolo Santambrogio a estimé que Fès dispose des prérequis techniques et infrastructurels indispensables pour évoluer vers une ville intelligente pleinement intégrée. De son côté, le président de l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès, Mustapha Ijjaali, a déclaré que la ville possède un patrimoine urbain et humain exceptionnel, tout soulignant l’importance de mettre l’intelligence artificielle et les mégadonnées au service de la sauvegarde du patrimoine. Il a pris en exemple la Médina, fondée au IXe siècle par la dynastie des Idrissides. Forte de ses 9 000 ruelles, cette place classée au patrimoine de l’UNESCO constitue selon lui un « laboratoire vivant » pour l’innovation et le développement durable.



