En salle en France depuis le mercredi 6 mai, « Ressacs » d’Intagrist el Ansari est un film documentaire immortalisant les coutumes, traditions et l’imaginaire des Touaregs. L’auteur nous fait voyager dans la mémoire et la culture de ce peuple dispersé par la colonisation, les exils et les conflits. Il s’interroge en même temps sur son avenir au Mali, pays en proie à une guerre entre le nord et le sud, avec les djihadistes entre les deux.
« Ressacs », le documentaire d’Intagrist el Ansari, est sorti en salle en France le mercredi 6 mai. Lauréat du prix Droits humains-Lina Ben Mhenni des Journées cinématographiques de Carthage, le film raconte l’histoire, les coutumes et les traditions des Touaregs, peuple du Sahara partageant sa vie depuis plusieurs décennies entre conflits, exils, campements nomades et camps de réfugiés. C’est le fruit d’un processus de production qui a duré onze ans, au Mali et en Mauritanie.
Les Touaregs, un peuple partagé entre plusieurs pays
Sous-titré Une histoire touarègue, le film documentaire de l’écrivain et cinéaste mauritano-malien confronte l’histoire du Mali à celle de sa propre famille, de sa tribu tombouctienne des Kel Ansar et, plus généralement, des Touaregs du Sahara. Ce peuple traditionnellement nomade vit principalement au Niger, au Mali, en Algérie, en Libye et au Burkina Faso. Historiquement marginalisés, surtout en Libye, beaucoup de Touaregs luttent encore aujourd’hui pour obtenir la nationalité et l’accès à l’état civil, et éviter ainsi une situation d’apatridie ou de citoyenneté limitée. Dans certains pays comme le Mali, ils manifestent aussi des velléités indépendantistes (la République d’Azawad).
Ressacs revient sur les connaissances des Touaregs et leur mode de vie
Au début du film « Ressacs, un gros plan est fait sur un garçon de 14 ans. Cet adolescent, c’est Intagrist el Ansari lui-même. L’image a été tournée en 1992 dans le camp de réfugiés de M’Béra, en Mauritanie, tout près de la frontière malienne. Sur le plan suivant, on le voit jouer avec son fils comme pour exprimer la transmission des savoirs touaregs à la nouvelle génération. En 1h 22m, le documentaire revient ainsi sur les connaissances des Touaregs, leur mode de vie, et surtout leur nomadisme de plus en plus marginal face au sédentarisme, forme de vie promue par les Etats-nations.
Des proches comme personnages principaux du docu
Le réalisateur, également narrateur, livre un récit intimiste et plein de tendresse. Les principaux personnages sont ses proches, oncles et cousins. À travers sa caméra, il nous plonge au cœur même de leur quotidien, de leurs discussions, en plein jour sous une toile de tente comme dans la nuit, sous les étoiles, au coin du feu. Le réalisateur ne manque pas de représenter les attributs touaregs (dromadaires, indigo, thé, etc.), de faire découvrir la science de ce peuple, descendant des Almoravides, ainsi que les récits des anciens (griots, notables, patriarche des Kel Ansar, érudits) racontés en tamasheq mais aussi souvent en français.
Ressacs met un doigt sur la crise identitaire des Touaregs
Intagrist el Ansari revient en outre sur l’histoire de la conquête coloniale, l’indépendance du Mali avec Modibo Keita, de l’implacable sécheresse de 1973 ou encore de l’aventure libyenne sous Mouammar Kadhafi et des rébellions. Mais « Ressacs » pose surtout une lancinante question : que vont devenir tous les enfants de cette génération née en exil et dans un monde touareg dispersé ?
« À un moment donné, ils vont se demander qui ils sont. Et le film donne des indications », s’avance le réalisateur. Cette crise d’identité, si elle est ancienne, prend de l’ampleur depuis le déclenchement du conflit malien en 2012 et l’apparition des séparatistes du FLA (ex MNLA), alliés de circonstance du groupe djihadiste JNIM contre la junte militaire à Bamako.



