Ce dimanche, les négociateurs américains ont quitté Islamabad, au Pakistan, sans trouver un accord avec l’Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Si le vice-président J.D. Vance affirme que Téhéran n’a pas montré « un engagement clair » sur son renoncement au nucléaire, la délégation iranienne explique de son côté que ce sont les « demandes déraisonnables » des Etats-Unis qui ont fait échouer les pourparlers. Donald Trump a annoncé un blocus du détroit d’Ormuz à partir de ce lundi, comme ce fut le cas au Venezuela. En réponse, les Gardiens de la révolution menacent de « réactions sévères ».
Dimanche 12 avril au matin, le vice-président américain J.D. Vance a quitté Islamabad, après l’échec des négociations avec l’Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. « Nous rentrons aux États-Unis sans être parvenus à un accord », a-t-il déclaré, la mine déconfite, lors d’une brève conférence de presse dans la capitale pakistanaise. C’est une grande déception après des échanges intenses de plus de 20 heures pour rapprocher les positions.
L’échec des négociations, « une mauvaise nouvelle pour l’Iran »
Pourquoi cet échec ? J.D. Vance a expliqué que les Iraniens refusaient d’accepter les « conditions » des Etats-Unis, notamment « un engagement clair de leur part qu’ils ne chercheront pas à se doter d’une arme nucléaire ». Selon lui, la délégation américaine s’est montrée « assez flexible » et « assez conciliante », mais l’Iran ne voulait pas se plier à la demande centrale de Washington, à savoir d’abandonner son programme nucléaire. Tout en laissant entendre qu’il accordait encore du temps à Téhéran pour examiner l’offre américaine, le vice-président a prévenu que l’échec des pourparlers est « une mauvaise nouvelle pour l’Iran, bien plus que pour les Etats-Unis. ».
Téhéran juge les demandes américaines « déraisonnables »
Sans surprise, l’Iran retourne l’accusation. Téhéran affirme que les demandes américaines « déraisonnables » ont fait échouer les discussions. Une source proche de la délégation iranienne va même plus loin, assurant que l’équipe américaine cherchait surtout un prétexte pour quitter la table des négociations. D’où leurs exigences maximalistes, disent-ils. Ces allégations corroborent les analyses de certains observateurs qui croient que le régime iranien a participé aux pourparlers pour montrer au monde que Washington n’était pas de bonne foi, après sa perfidie du 28 février. Les Etats-Unis et Israël ont attaqué le pays, alors que les négociations étaient en bonne voie. Depuis, l’Iran se méfie des Américains, et à juste titre.
Les deux parties ont publié des listes de conditions inconciliables
Avant l’entame dès négociations, les deux parties avaient chacun publié une liste de conditions pour mettre fin au conflit. Les Etats-Unis ont exigé : un engagement ferme de l’Iran à ne pas se doter de l’arme nucléaire et la remise de ses stocks d’uranium hautement enrichi (400 à 450 kg d’uranium enrichi à 60%) ; la fin du soutien de la République islamique à ses alliés ou proxies (Hamas, Hezbollah, Houthis) dans la région pour garantir la stabilité ; la réouverture du détroit d’Ormuz, canal étroit par lequel transitent 20% de la demande mondiale d’hydrocarbures ; et des limitations sur le programme balistique iranien. En contrepartie, Washington promet la levée des sanctions économiques, le dégel des avoirs iraniens et un soutien au projet nucléaire civil de la centrale de Bouchehr.
L’Iran refuse catégoriquement tout mécanisme de patrouille conjoint avec les Américains dans le détroit d’Ormuz
De son côté, l’Iran demande l’arrêt des frappes israéliennes au Liban, le déblocage des actifs iraniens gelés et la reconnaissance de ses « droits et intérêts légitimes », notamment sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz et la reconnaissance de ses droits nucléaires « civils ». Par ailleurs, Téhéran refuse catégoriquement tout mécanisme de patrouille conjoint avec les Américains dans ce détroit.
Donald Trump, en bon homme d’affaires, souhaite percevoir une partie des recettes des droits de douanes que veulent imposer les Iraniens sur ce canal, pour financer notamment la reconstruction des infrastructures détruites par la coalition américano-israélienne. Vu les positions retranchées de chaque camp, on peut s’attendre au pire dans les prochaines heures. En particulier une reprise des hostilités. Benjamin Netanyahou, qui dit qu’il n’en a pas encore fini avec l’Iran, n’attend que cela.
L’Iran hausse le ton contre un potentiel blocus du détroit d’Ormuz par les Etats-Unis
Tout s’emballe pour que la guerre reprenne. Les Etats-Unis ont déployé samedi des navires de guerre dans le détroit d’Ormuz pour, disent-ils, sécuriser la voie maritime contre les mines iraniennes et garantir la liberté de navigation internationale. Ils promettent d’imposer un blocus maritime, ce lundi dès 14H GMT, comme ce fut le cas au Venezuela en fin d’année 2025. Mais les Gardiens de la révolution ont averti tôt dimanche qu’ils agiraient avec « sévérité » contre tout navire militaire transitant par le canal.
Des médias américains, dont CNN, affirment pour leur côté que la Chine prévoit de livrer des systèmes de défense aérienne à Téhéran « dans les prochaines semaines ». Il s’agirait de missiles antiaériens portatifs, connus sous le nom de MANPADS, qui constituent une menace asymétrique pour les appareils militaires américains volant à basse altitude. Pékin a démenti cette information. Mais les Etats-Unis menacent la Chine de nouveaux droits de douanes si elle est avérée.



