Mardi 23 juin, la justice tunisienne a confirmé la peine à huit ans de prison de la militante anti-raciste Saadia Mosbah, à l’origine de l’adoption en 2018 d’une loi pionnière au Maghreb contre le racisme. Condamnée une première fois en mars dernier, elle est poursuivie pour des accusations de malversations financières, notamment blanchiment d’argent et enrichissement illégal. L’ONG Amnesty International et l’UE dénoncent des accusations infondées.
Saadia Mosbah restera en prison. La Cour d’appel de Tunis a confirmé, le mardi 23 juin 2026, le jugement en première instance rendu en mars dernier condamnant la militante anti-raciste tunisienne à huit ans de prison et environ 30 000 euros d’amende. Âgée de 66 ans, la Tunisienne noire est accusée de malversations financières, notamment blanchiment d’argent et enrichissement illégal.
Saadia Mosbah s’insurge contre l’institutionnalisation du racisme
Mme Mosbah, à l’origine de l’adoption en 2018 d’une loi pionnière au Maghreb contre le racisme, est la présidente et fondatrice de l’association Mnemty (« mon rêve »). Elle est connue pour son engagement en faveur des migrants originaires d’Afrique subsaharienne. L’ancienne hôtesse de l’air a intensifié son action après le virulent discours prononcé en février 2023 par le président tunisien Kaïs Saïed. Celui dénonçait l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un prétendu complot visant à « changer la composition démographique » de son pays.
Une campagne de diffamation et de harcèlement en ligne contre l’ONG de Saadia Mosbah
Le discours de Kaïs Saïed avait déclenché une campagne anti-migrants en Tunisie. Des milliers de Subsahariens avaient été chassés de leurs logements et emplois informels. Certains d’entre eux ont été rapatriés par leurs ambassades, tandis que d’autres ont préféré prendre la mer pour immigrer clandestinement en Europe. L’arrestation de Mme Mosbah est intervenue dans ce contexte. Elle a subi, avec les membres de son association M’nemty, une campagne de diffamation et de harcèlement sur les réseaux sociaux, pour avoir soi-disant participer au pseudo complot révélé par le président tunisien.
Son fils Fares condamné à trois de prison
Arrêtée en mars 2024, Saadia Mosbah avait été condamnée en première instance, le 19 mars 2026, à huit ans de prison et environ 30 000 euros d’amende, tandis que son fils Fares, également membre de l’association M’nemty, a pris trois ans de prison. Ce mardi 24 juin, la Cour n’a finalement pas changé sa décision et a décidé de maintenir le verdict initial concernant la militante des droits de l’homme. Et cela malgré les mouvements de soutien, qui se sont multipliés ces derniers mois pour sa libération immédiate.
Amnesty International dénonce des « accusations infondées » à l’encontre de Saadia Mosbah
« Saadia est une militante : grâce à elle, nous avons une loi contre le racisme dont nous sommes fiers », a déclaré mardi l’avocate Hayet Jazzar, estimant que « c’est le discours de la haine qui a déclenché cette affaire ». De son côté, Amnesty International a dit être particulièrement préoccupée « par les informations selon lesquelles Saadia Mosbah aurait été victime de racisme et d’agressions physiques en prison, pouvant s’apparenter à de la torture ». L’ONG a dénoncé des « accusations infondées de malversations financières » et « une nouvelle illustration consternante de l’utilisation de la justice pénale pour réduire au silence la société civile ». Présents à l’audience, des représentants de l’Union européenne et de l’ONU ont aussi regretté une injustice et une violation des droits de l’homme.
Les Subsahariens vivent la même situation en Afrique du Sud
Depuis l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saïed en 2019, les violences racistes ont fortement augmenté. Mais les Subsahariens ne sont pas les seules victimes. Même les Tunisiens noirs y passent, en raison de l’amalgame liée à la couleur de peau. Descendants pour la plupart d’esclaves originaires d’Afrique subsaharienne, ils représentent environ 10 % à 15 % de la population totale du pays, selon les estimations démographiques. Bien que ces citoyens soient pleinement Tunisiens, ils subissent régulièrement des actes de stigmatisation et de racisme. Notons que la vague de haine en Tunisie est quasiment identique à celle en cours en Afrique du Sud, à la différence que dans ce dernier pays, ce sont des noirs qui chassent d’autres noirs.


